A Londres, la « vraie » librairie contre-attaque

A Londres, la « vraie » librairie contre-attaque


La chaîne de librairies Waterstones, aux mains d’un fonds de pension, résiste à la concurrence d’Amazon en transformant ses magasins en lieux conviviaux.

Par Publié aujourd’hui à 03h08

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LETTRE DE LONDRES

Une librairie Waterstones, sur Torrington Place, à Londres.
Une librairie Waterstones, sur Torrington Place, à Londres. ROBERTO HERRETT/LOOP IMAGES / PHOTONONSTOP

Nulle part ailleurs que dans une librairie londonienne ne s’exprime avec autant de force et de charme la culture britannique du confort, du service et du commerce.

Prenez la succursale de la chaîne Waterstones dans Piccadilly. L’immeuble Art déco inauguré en 1936 vaut à lui seul le déplacement avec ses superbes vitrines bombées, son lustre chromé haut de six étages et son restaurant avec vue imprenable sur les toits de Londres.

C’est un endroit où il existe de multiples raisons d’entrer, la première étant les 200 000 ouvrages présentés dans d’immenses espaces, parfaitement classés sur des étagères et des tables souvent fleuries. Mais on peut aussi le fréquenter pour ses deux cafétérias, son club de science-fiction, et ses séances de dédicace avec des personnalités.

Et vous ne dérangez pas les vendeurs en les interrogeant sur un titre. Au contraire : comme dans n’importe quel magasin britannique, ils ne se contenteront pas de vous indiquer de loin, le rayon concerné, mais se feront un point d’honneur à vous y accompagner, vous proposant d’autres titres selon leur inspiration.

Vingt ans de déclin

Dans un pays champion d’Europe du commerce sur Internet, tout le monde pensait au Royaume-Uni qu’Amazon n’allait faire qu’une bouchée des librairies.

De fait, les fermetures se sont multipliées depuis la fin des années 1990. Mais après vingt années de déclin, le nombre de librairies indépendantes a recommencé à augmenter en 2017 et les chaînes de magasin comme Waterstones, ont pris un nouveau souffle, qui contraste avec l’effondrement de leurs homologues du secteur de l’habillement et des grands magasins généralistes.

Ancien banquier lui-même passé par le métier de libraire, James Daunt, patron de Waterstones se targue d’avoir augmenté le volume des ventes et fait retrouver le chemin des profits à la chaîne. Sa recette ? Transformer les 280 magasins qu’elle possède dans tout le pays en des lieux de sociabilité « stimulants » que l’on a « plaisir » à fréquenter, notamment avec des enfants. « Les gens continueront à lire des livres physiques, a-t-il déclaré dans les médias britanniques. Ce sont des sources irremplaçables de divertissement et de créativité. Ils sont essentiels pour l’éducation des jeunes, pour s’évader et aussi pour la vie politique. »

Le secret de la survie face au commerce en ligne et aux livres électroniques tient selon lui dans « le respect », « le contact vivant » avec les clients et dans la « personnalité » de chaque magasin. Chaque directeur de succursale gère son fonds en fonction de son environnement, des animations qu’il organise et des propres goûts de ses vendeurs. « Si vous ne vous montrez pas intéressants et dynamiques auprès des clients, alors Amazon va prendre votre travail. »



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