A Londres, métro-boulot et Laure Prouvost

A Londres, métro-boulot et Laure Prouvost


L’artiste française dispose d’une carte blanche à travers le vaste réseau de transport de la ville, soit 270 stations.

Par Publié hier à 10h22, mis à jour hier à 14h57

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« You are deeper than what you think », de Laure Prouvost, Stratford Station, Londres, 2019.
« You are deeper than what you think », de Laure Prouvost, Stratford Station, Londres, 2019. THIERRY BAL / ART ON THE UNDERGROUND

Les voix d’une douzaine de choristes se sont élevées au-dessus des quais de la station Stratford, à Londres, jeudi 20 juin en milieu de matinée. L’air entraînant et les paroles pleines d’humour n’ont pas manqué de faire lever la tête à de nombreux usagers empruntant chaque jour ce nœud de transit ferroviaire de l’est de la ville. Des mots signés Laure Prouvost, la plus Britannique des artistes françaises – et la seule à s’être vu décerner le prestigieux prix d’art contemporain Turner Prize, en 2013 –, qui représente actuellement la France à la Biennale de Venise. Stay With Us s’intitule la chanson, un « Reste avec nous » qui évoque le Brexit et le futur des relations entre la Grande-Bretagne et l’Europe. Cette performance marquait le lancement de la carte blanche donnée à l’artiste à travers le vaste réseau de métro de la ville, soit 270 stations où posters et courtes vidéos viennent s’incruster dans les espaces publicitaires physiques ou digitaux jusqu’en décembre.

Lire le récit : Deux jeunes femmes à la Biennale de Venise

L’artiste a été contactée, il y a deux ans, peu après le vote en faveur du Brexit, par Art on the Underground, structure fondée par le réseau de transport de Londres en 2000 sous le nom de Platform for Art puis rebaptisée en 2007. « Nous avons un thème chaque année, sur lequel nous invitons des artistes à intervenir dans les stations, détaille Kiera Blakey, commissaire du projet. Cette année, c’est “Etre au bord d’un grand changement”. Dans cette atmosphère particulière, ce flou politique tandis que la Grande-Bretagne s’apprête à quitter l’Union européenne, les phrases poétiques et provocatrices, pleines d’humour et de jeux de mots de Laure Prouvost sont idéales pour ouvrir des brèches subtiles dans le tissu de la ville. » Sous les chanteurs, le long de la mezzanine de la station, se déploie non pas un poster, mais une phrase énigmatique peinte à la main et reprenant la typographie de la signalétique du métro londonien : « Ideally these words would pause everything now » (idéalement, ces mots devraient tout mettre sur pause maintenant).

« Une énergie très forte »

« La question du Brexit est assez importante dans ce projet, confirme Laure Prouvost, dont il s’agit de la première commande dans l’espace public. Mon mari, britannique, et moi, comme beaucoup de monde ici, sommes tristes de cette situation. Je me sens vraiment européenne, aussi française que connectée ici, où j’ai été adoptée. » Aujourd’hui installée à Anvers en famille, l’artiste a gardé un studio et un pied-à-terre à Londres : « J’ai habité ici dix-huit ans, donc je suis vraiment une Londonienne dans mon esprit. C’est une ville où j’ai eu beaucoup de vies. J’y ai été étudiante, puis j’ai bien connu la galère aussi pendant pas mal d’années en me débrouillant avec très peu, en allant à la fin des marchés, en recyclant des couvertures ou des rideaux. J’ai fait plein de choses différentes pour gagner ma vie, j’ai été l’assistante d’un artiste extraordinaire, le peintre John Latham. C’est ici que mon travail a évolué, dans la galère et la joie de créer dans cette ville très internationale. »



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