A New York, écho négatif pour le nouveau QG d’Amazon

A New York, écho négatif pour le nouveau QG d’Amazon


Le mastodonte du e-commerce envisage de bâtir son siège dans le Queens. A la clé : 25 000 emplois. Ce projet, censé consacrer la conversion de la ville à la tech, suscite néanmoins la réprobation des élus et des habitants.

Par Arnaud Leparmentier Publié aujourd’hui à 05h30

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Lors de l’audition de représentants d’Amazon par le conseil municipal de New York, le 30 janvier. Sur les affiches, on peut lire : « Amazon ment ».
Lors de l’audition de représentants d’Amazon par le conseil municipal de New York, le 30 janvier. Sur les affiches, on peut lire : « Amazon ment ». MATTHEW MCDERMOTT / POLARIS / STARFACE

Soudain, entre chien et loup, réapparaît le New York des années 1970 : des entrepôts délabrés, une station essence pour taxis et une serveuse dans un tripot à bière. Les gangsters, eux, ont disparu. Un peu plus loin se profile une palissade qui masque un terrain donnant sur Manhattan, de l’autre côté de l’East River.

C’est probablement là – car rien n’est décidé de manière définitive – qu’Amazon va bâtir son siège new-yorkais. Au cœur d’une zone industrielle baptisée « Long Island City », dans le district du Queens, entre deux ponts, où se dresse une tour de Citibank. A la clé, 25 000 emplois. Qui ne rêverait d’une telle manne, annoncée en grande pompe, en novembre 2018, par le maire de New York et le gouverneur de l’Etat, les démocrates Bill de Blasio et Andrew Cuomo, réconciliés pour l’occasion ?

« Ça va devenir Manhattan », se réjouit l’agent immobilier Stelios Hiotis, qui a constaté une hausse des prix d’environ 12 % dans le secteur et ­conseille de revenir dans un an, quand le marché sera plus calme. Il est ravi, et il est bien l’un des seuls.

Hormis les commerçants, tous les habitants interrogés sont hostiles au projet. « Vous avez vu comme le métro est saturé. Déjà qu’il n’y a pas de place pour nous loger… », se plaint une locataire. Leslie, mère de famille et jeune professeure, y est également op­posée. Les salaires seront en moyenne ­de 150 000 dollars (un peu plus de 130 000 euros) par an. Certainement pas des emplois pour les jeunes défavorisés auxquels elle enseigne.

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Pas de salariés syndiqués

A cent mètres de là, à la pâtisserie Cannelle, Michael Gianaris, élu démocrate du Sénat de l’Etat de New York, tient une réunion. Il se fait le porte-parole de ses électeurs. « Les gens sont très inquiets. C’est déjà très cher. Après, ce sera presque impossible d’y vivre. » Il évoque les transports publics saturés, les places d’école qui seront prises d’assaut. « Ce quartier compte 60 000 habitants. Il va y avoir une augmentation de 50 % de sa population. » Un changement énorme qui risque de chasser les pauvres au profit des futurs salariés d’Amazon, qui ne seront sans doute pas originaires de la Grosse Pomme.

Au cours de la réunion sont évoquées San Francisco (Californie) et Seattle (Etat de Washington), avec leurs sans-abri et leurs prix de l’immobilier délirants.

Ce qui choque, c’est l’abattement fiscal de 3 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros) consenti par New York à Amazon. « C’est ce qui me gêne le plus : ils prennent l’argent et ne rendent rien », accuse M. Gianaris. Le géant de l’e-commerce souffre d’une mauvaise réputation dans les milieux populaires de gauche et la piste d’hélicoptères que prévoit de faire construire Jeff Bezos, le patron de l’entreprise, n’arrange pas les choses.



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