A Toulouse, une « contagion de la colère » dans les services d’urgences

A Toulouse, une « contagion de la colère » dans les services d’urgences


A 20 heures vendredi, le taux d’occupation du seul service encore ouvert aux patients orientés par le SAMU atteignait les 225 %.

Par Publié aujourd’hui à 05h32

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Manifestation du personnel des urgences, devant le CHU de Purpan à Toulouse, le 11 octobre.
Manifestation du personnel des urgences, devant le CHU de Purpan à Toulouse, le 11 octobre. FREDERIC CHARMEUX / PHOTOPQR / LA DEPECHE DU MIDI / MAXPPP

C’est long, une file de vingt-deux ambulances devant des urgences. Anne*, aide-soignante de 32 ans, n’en avait jamais vu autant au CHU de Rangueil (Haute-Garonne). A 20 heures, vendredi 11 octobre, le taux d’occupation du service toulousain atteignait les 225 %.

Sur les dix établissements de santé de l’agglomération occitane, Rangueil était le seul à pouvoir accueillir les patients orientés par le SAMU. Tous les autres, y compris les cliniques privées, étaient fortement perturbés par un mouvement de grève inédit. « C’est le chaos, on aura de la chance s’il n’y a pas de mort », prédisait Anne.

En trois semaines, c’est la troisième « journée noire » dans les urgences toulousaines, point chaud d’une mobilisation nationale débutée en juin, qui touche quelque 267 hôpitaux selon le collectif Inter-Urgences. « C’est irréel d’en arriver à fermer ce qui est infermable », reconnaît Arthur*, infirmier depuis cinq ans aux urgences du CHU de Purpan, les plus importantes du Sud-Ouest avec 80 000 entrées annuelles.

Réorganisation « à isoeffectif »

Depuis février, et le décès d’un homme de 61 ans qui patientait sur un brancard, un préavis de grève illimité courait déjà dans le service. Mise en place à l’été, la réorganisation des urgences, baptisée « Marche en avant », a catalysé la colère. Elaborée avec l’équipe médicale, elle doit permettre aux patients d’être vus en moins d’une heure par un soignant grâce à une nouvelle répartition géographique. Mais le plan, mis en place « à isoeffectif », a rapidement montré des failles.

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Un seul aide-soignant et deux infirmiers sont ainsi assignés aux onze boxes du « hub », pour les patients demandant le plus de surveillance. Dès le quatrième jour, malgré le creux estival, l’espace était débordé.

A Purpan, la fréquentation des urgences augmente chaque année de 5 % – Toulouse étant la ville française la plus dynamique sur le plan démographique. Les soignants n’ont même plus le temps de coller sur les brancards les étiquettes Couloir 1, Couloir 2, Couloir 3… parfois jusqu’à Couloir 20.

La « zone verte » concentre aussi les difficultés, avec notamment cette longue salle prévue pour huit patients, séparés par de seuls paravents. « On se retrouve à changer la mamie Alzheimer incontinente à côté du schizophrène en décompression et de la suspicion d’AVC », explique Benoît, aide-soignant de 42 ans, syndiqué chez SUD. « On fait de l’abattage, du flux, du flux, du flux » résume-t-il.



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