A Tripoli, la rancœur des combattants anti-Haftar

A Tripoli, la rancœur des combattants anti-Haftar


Le maréchal intensifie ses raids aériens sur la capitale libyenne.

Par Frédéric Bobin Publié aujourd’hui à 11h45, mis à jour à 11h46

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Un combattant des forces fidèles au gouvernement d’« accord national » tente de neutraliser un drone ennemi, à Tripoli, le 26 avril.
Un combattant des forces fidèles au gouvernement d’« accord national » tente de neutraliser un drone ennemi, à Tripoli, le 26 avril. SAMUEL GRATACAP POUR “LE MONDE”

Le regard des deux hommes se perd dans le ciel poussiéreux de Tripoli. Ils marchent prudemment le long d’un mur de pierres scellées, tête levée. L’un d’eux, en veste de treillis et jean, tient un AK-47. Alentour, les pâtés de maisons sont vides, enveloppés d’un silence sépulcral. Un vieux berger flanqué de ses moutons traverse le décor pétrifié, indifférent aux nuées de la guerre.

Les deux miliciens loyaux au gouvernement d’« accord national » (GAN) de Faïez Sarraj ont le nez en l’air, car ils ont aperçu un drone survolant ce quartier de Khalat Al-Ferjan, à une dizaine de kilomètres au sud du cœur historique de Tripoli. L’un s’exclame : « Chouf, chouf ! » (« regarde, regarde »). L’autre, armé du fusil-mitrailleur, lâche une rafale vers l’appareil intrus, riposte plutôt vaine à la menace venue de trop haut. Le ciel, ce péril de chaque instant.

Plus de trois semaines après le début de l’offensive lancée contre les forces du GAN à Tripoli par les troupes du maréchal Khalifa Haftar, le patron de l’Armée nationale libyenne (ANL), les combats font rage dans des poches urbaines non loin du centre-ville : Aïn Zara, Khalat Al-Ferjan, Salaheddine, camp de Yarmouk, aéroport international. C’est le « front intérieur », distinct de la périphérie d’Azizia et d’Al-Hira (40 à 50 kilomètres au sud-ouest) où les belligérants s’affrontent dans les champs d’oliviers de zones rurales.

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Dans les deux cas, après les déconvenues des premiers jours, les forces de Tripoli résistent bien et ont même repris un peu de terrain à l’assaillant. Le bilan des combats s’élevait lundi 29 avril à 345 morts (dont 22 civils) et 1 332 blessés (dont 74 civils), selon l’Organisation mondiale de la santé, et 40 100 déplacés.

Quand les deux combattants de Khalat Al-Ferjan ont aperçu le bourdon ronfler au-dessus de leur tête, ils ont aussitôt alerté leurs camarades concentrés dans une rue adjacente. Chacun sait ici le mal qu’infligent ces drones de reconnaissance diurne de l’ANL, qui, riches des renseignements engrangés sur les positions adverses, font place, la nuit, à des drones armés aux frappes d’une précision redoutable.

« No Daech, no Daech ! »

Selon l’expert en aviation Arnaud Delalande, les projectiles tirés sont des missiles guidés antichars de fabrication chinoise LJ-7 Blue Arrow. Et les drones qui les transportent sont également de fabrication chinoise, les Wing Loong 2. Selon M. Delalande, il existe une forte probabilité que ces drones armés aient été acquis par les Emirats arabes unis, voire par l’Egypte, deux alliés du maréchal Haftar.



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