Attentat de Nice : le traumatisme des enfants

Attentat de Nice : le traumatisme des enfants


La Fondation Lenval, au CHU de Nice, a lancé il y a un an et demi une étude inédite en Europe sur les séquelles psychiatriques chez les enfants présents lors de l’attentat du 14 juillet 2016.

Par Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 06h23

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Sur la promenade des Anglais, à Nice, le 16 juillet 2016, deux jours après l’attentat.
Sur la promenade des Anglais, à Nice, le 16 juillet 2016, deux jours après l’attentat. ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

De la fenêtre du septième étage de l’hôpital Lenval pour enfants, à Nice, on pourrait ne voir que la mer. La mer à perte de vue. Mais, en s’approchant des vitres, on aperçoit aussi la « Prom », comme l’on surnomme ici la promenade des Anglais, ainsi que le chemin qu’a emprunté Mohamed Lahouaiej Bouhlel avec son 19-tonnes pour entamer sa course folle, le 14 juillet 2016. Bilan de cet attentat : 86 morts, 458 blessés et des centaines de familles traumatisées.

Dans la salle d’attente, un ado avec ses écouteurs dans les oreilles tourne en rond et finit par sortir prendre l’air. Les espaces confinés l’angoissent. Une petite fille, d’habitude mutique, se met à hurler quand sa mère tente d’aller aux toilettes.

C’est ici, parmi les Playmobil de pompiers et de policiers, que se déroule depuis un an et demi une étude épidémiologique inédite en Europe : un programme de recherche baptisé « 14-7 », pour étudier les incidences et l’évolution des troubles psychiatriques chez les enfants présents lors de l’attentat.

Sur les 378 enfants suivis, plus de 60 % souffrent de symptômes liés au stress post-traumatique

Les résultats provisoires sont édifiants : sur les 378 enfants suivis, plus de 60 % souffrent de symptômes liés au stress post-traumatique. Chez les plus jeunes, plus de la moitié ont développé des phobies et des troubles du sommeil. Pour les plus âgés, il s’agit plutôt de pathologies nerveuses : tics, panique, anxiété de séparation…

Jamais autant d’enfants n’avaient été frappés par une attaque terroriste en France. « La population pédiatrique touchée, la violence de l’attaque, avec l’intention de tuer, dans un pays en paix, a rendu la situation inédite », explique la professeure Florence Askenazy, responsable du programme. La recherche porte également sur des prélèvements salivaires afin d’observer des modifications au niveau de l’expression des gènes. Et, fait complètement inédit, elle se penche aussi sur les séquelles subies par les enfants des femmes qui étaient enceintes ce soir-là.

« Ils étaient tout le temps tristes, ils avaient changé »

Le service pédopsychiatrie de Lenval gérait déjà de nombreux traumatismes : enfants de djihadistes rentrant de Syrie, témoins de meurtres, victimes de violences sexuelles… Mais l’afflux de nouveaux patients après le 14 juillet 2016 a submergé le service.



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