Au Blanc, les habitants toujours en deuil de leur maternité

Au Blanc, les habitants toujours en deuil de leur maternité


Sur une voiture du Blanc (Indre), un autocollant proteste contre la fermeture de la maternité, en novembre dernier.
Sur une voiture du Blanc (Indre), un autocollant proteste contre la fermeture de la maternité, en novembre dernier. FP

Il n’y aura pas de manifestation dans les rues du Blanc (Indre), le 5 décembre. La taille de la ville (6 500 habitants) et l’absence d’organisations syndicales sur place empêchent généralement le déroulement de ce type de défilé.

Une « action » se déroulera néanmoins, deux jours plus tard, samedi, en écho à l’appel national : une fête de Noël destinée à « tous les bébés qui auraient dû naître au Blanc depuis la fermeture de la maternité ». Annoncée en octobre 2018 par l’hôpital de Châteauroux – il a fusionné avec celui du Blanc, un an auparavant –, la décision de mettre fin aux accouchements dans la sous-préfecture de l’Indre n’en finit pas de révolter la population.

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Nul ne sait avec précision le nombre de femmes ayant dû accoucher, depuis cette date, dans l’une des trois maternités les plus « proches », situées à une heure de route, à Châteauroux, ou dans le département voisin de la Vienne, à Poitiers et Châtellerault.

Un seul chiffre circule, plus facile à établir : sept, comme le nombre de naissances « inopinées », ayant eu lieu aux urgences, à la maison ou en voiture, au cours des quatorze derniers mois. « On croise les doigts chaque jour pour qu’un accident ne survienne pas », implore Jean-Michel Mols, le président du comité de défense de l’ancienne maternité.

Noël « pour enfants pas nés au Blanc »

L’association continue son combat. Elle œuvre, entre autres, pour le recrutement d’un gynécologue obstétricien et la création d’un service de sages-femmes 24 heures sur 24 au sein du centre périnatal de proximité (structure médicale assurant des consultations pré et postnatales), créé en remplacement de la maternité.

Des membres du collectif « C pas demain la veille », lors d’un « banquet » symbolique pour protester contre la fermeture de la maternité du village.
Des membres du collectif « C pas demain la veille », lors d’un « banquet » symbolique pour protester contre la fermeture de la maternité du village. GUILLAUME SOUVANT / AFP

Un collectif d’habitants, « C pas demain la veille », multiplie en parallèle les actions médiatiques, comme ce Noël « pour enfants pas nés au Blanc » du 7 décembre. On lui doit, dans un passé récent, la mise en scène d’un faux accouchement sur le pont qui enjambe la Creuse, la création d’une « aire d’accouchement d’urgence » au bord d’une route départementale, ou encore l’érection d’un monument aux morts consacré aux « territoires abandonnés » et à « notre système de santé condamné ».

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Une soixantaine d’élus du Blanc et des communes avoisinantes sont allés jusqu’à déposer symboliquement leur démission en préfecture.

Rien n’y a fait : la maternité a fermé, et elle ne rouvrira pas. Une sensation d’écœurement a peu à peu sédimenté en ville, à mesure que se sont succédé les arguments en faveur de la suspension, temporaire d’abord puis définitive, de l’établissement (difficulté de planning des praticiens, pénurie de soignants, insécurité, économies budgétaires…). « On a l’impression d’avoir eu en face de nous un rouleau compresseur, une technostructure qui emporte tout sur son passage », s’émeut-on aujourd’hui au local de « C pas demain la veille ».



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