au procès du Mediator, le récit d’Irène Frachon

au procès du Mediator, le récit d’Irène Frachon


La pneumologue à l’origine de la révélation de l’affaire en 2010 a commencé à raconter mercredi, au tribunal de Paris, pourquoi elle s’était « inquiétée de la toxicité » de ce médicament.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 19h22

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Le docteur Irène Frachon, au palais de justice de Paris, lundi 23 septembre 2019.
Le docteur Irène Frachon, au palais de justice de Paris, lundi 23 septembre 2019. Michel Euler / AP

Elle est celle par qui le scandale du Mediator a éclaté. La pneumologue Irène Frachon, à l’origine de la révélation de l’affaire en 2010, a commencé à raconter mercredi 16 octobre, au tribunal de Paris, pourquoi elle s’était « inquiétée de la toxicité » de ce médicament, tenu pour responsable de centaines de morts.

« Ce que je voudrais, c’est être la plus concise possible », a déclaré la pneumologue en arrivant à la barre du tribunal correctionnel, une pochette remplie de documents à la main. Pour la première fois depuis l’ouverture de ce procès fleuve le 23 septembre, la salle d’audience est comble pour écouter la lanceuse d’alerte, témoin le plus attendu des six mois de débats prévus.

Il faudra attendre plus d’une heure d’un exposé très didactique avant qu’Irène Frachon évoque ce mois de « février 2007 », quand elle reçoit au CHU de Brest « une patiente obèse, qui souffre d’une HTAP [hypertension artérielle pulmonaire] gravissime », une pathologie très rare dont elle est l’une des spécialistes.

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Trois ans d’enquête

« Je m’aperçois qu’elle est sous Mediator. Pourquoi je tique ? Ça tient à deux petites choses », affirme le DFrachon. A « une affaire qui l’a profondément marquée » d’abord, celle de l’Isoméride, un coupe-faim des laboratoires Servier, à l’origine de nombreux cas d’HTAP chez des « femmes jeunes », et qui sera retiré du marché en 1997 comme d’autres fenfluramines, des produits dérivés de l’amphétamine.

Irène Frachon se rappelle aussi des articles de la revue médicale Prescrire, « terriblement critique » et « garde-fou face à un véritable matraquage de l’industrie ». Commercialisé depuis trente ans comme un adjuvant au traitement du diabète, le Mediator est pourtant « régulièrement dénoncé dans Prescrire comme étant un dérivé de l’amphétamine », souligne le témoin.

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Pendant trois ans, le DFrachon enquêtera sur le Mediator et ses effets indésirables, des maladies du cœur et du poumon, avançant dans ses recherches avec des « doutes » mais aussi beaucoup d’obstination.

Plusieurs heures de témoignage

Elle en tirera un livre en juin 2010, Mediator 150 mg, combien de morts ? (éditions Dialogues). Le médicament avait été retiré du marché le 30 novembre 2009, après la sortie d’une étude démontrant que l’antidiabétique provoquait des lésions cardiaques.

Le témoignage d’Irène Frachon se poursuivait en milieu d’après-midi. Il doit durer plusieurs heures. Les laboratoires Servier, neuf filiales du groupe et l’Agence nationale de sécurité du médicament, personnes morales, comparaissent aux côtés de douze personnes physiques dans ce procès pour « tromperie aggravée » et « homicides et blessures involontaires ».

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