« Bourguiba », de Bertrand Le Gendre : un fascinant leader arabe

« Bourguiba », de Bertrand Le Gendre : un fascinant leader arabe


Biographie. L’essayiste et ancien rédacteur en chef au « Monde » brosse le portrait de l’homme d’Etat tunisien (v. 1903-2000), de l’indépendance de son pays à la réclusion finale.

Par Marc Semo Publié aujourd’hui à 20h00

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L’homme d’Etat tunisien Habib Bourguiba (v. 1903-2000).
L’homme d’Etat tunisien Habib Bourguiba (v. 1903-2000). Caroline Andrieu

« Bourguiba », de Bertrand Le Gendre, Fayard, 448 p., 24 €.

De tous les leaders des indépendances arabes, Habib Bourguiba (v. 1903-2000) est le plus fascinant. Aujourd’hui, la Tunisie est de fait la seule démocratie du monde arabe et, malgré son autoritarisme et les vingt-sept années de dictature de Ben Ali, les options choisies par celui qui se ­faisait appeler le Combattant suprême y sont pour beaucoup. « Oriental occidentalisé, musulman nourri des Lumières, il a ­conduit son pays à l’indépendance et l’a ouvert au monde moderne », souligne Bertrand Le Gendre, essayiste et ancien rédacteur en chef au Monde, dans la riche biographie qu’il consacre à ce dirigeant charismatique.

Habib Bourguiba dirigea son pays de 1955 à 1987, année où il fut déposé par un « coup d’Etat médical » organisé par Ben Ali, et enfermé dans une villa jusqu’à sa mort en 2000. De même qu’il ­ancrait son pays dans l’histoire, il voulait incarner quelque chose d’universel. Les réunions du ­conseil des ministres se tenaient dans une salle ornée de bustes d’Hannibal, de saint Augustin ou d’Ibn Khaldun (philosophe et historien du XIVe siècle), tous nés sur l’actuel territoire tunisien.

L’anecdote du jus d’orange

Durant les années de lutte pour l’indépendance, il voyait dans l’islam un garant de l’identité tunisienne. Une fois au pouvoir, il le perçoit comme un obstacle au progrès. Bertrand Le Gendre rappelle l’anecdote du jus d’orange avalé en public en plein ramadan, en un défi ouvert aux religieux.

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Sa biographie analyse aussi la lente dérive vers un pouvoir toujours plus personnel. Il n’en reste pas moins que les liens, notamment économiques, que Bourguiba sut conserver avec la France, et le prestige d’une diplomatie dynamique, permirent à la Tunisie de jouer un rôle bien plus important que ne le justifiaient l’étroitesse de son territoire, la ­faiblesse de ses ressources et la quasi-inexistence de ses forces ­armées.

Lire un extrait sur le site des éditions Fayard.



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