« Ce que reprochent les eurosceptiques à l’UE, c’est la disparition d’un monde de médiocrité »

« Ce que reprochent les eurosceptiques à l’UE, c’est la disparition d’un monde de médiocrité »


L’Europe a créé un marché intérieur de près de 500 millions de clients, qui constitue pour les entreprises un élément-clé de leur compétitivité, rappelle l’économiste Jean-Marc Daniel, dans une tribune au « Monde ».

Publié le 29 avril 2019 à 14h20 – Mis à jour le 29 avril 2019 à 14h57 Temps de Lecture 3 min.

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« Les eurosceptiques reprochent à l’Union la disparition d’un monde de médiocrité où, grâce aux barrières douanières et aux dévaluations à répétition, les entreprises évitaient les remises en question et échappaient à la nécessité de faire sans cesse des gains de productivité » (Photo: Francfort).
« Les eurosceptiques reprochent à l’Union la disparition d’un monde de médiocrité où, grâce aux barrières douanières et aux dévaluations à répétition, les entreprises évitaient les remises en question et échappaient à la nécessité de faire sans cesse des gains de productivité » (Photo: Francfort). Shaun Egan/John Warburton-Lee / Photononstop

Tribune. On semble l’avoir oublié, mais l’Union européenne a reçu en 2012, en tant que construction politique, le prix Nobel de la paix. Le comité Nobel a justifié son choix en indiquant qu’il récompensait « plus de six décennies à promouvoir la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme en Europe ».

Pourtant, force est de constater que, près de sept ans après ce prix Nobel, les attaques contre le projet européen se multiplient. Le Brexit en a poussé la logique jusqu’à une extrémité à la fois spectaculaire et déroutante. Mais il traduit une tendance générale à l’affirmation et à la progression de partis extrémistes, essentiellement de droite, qui remettent en cause non seulement certains éléments de la construction européenne comme l’euro, mais de plus en plus le principe même de cette maison commune.

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Défendre la construction européenne pour un économiste et un chef d’entreprise suppose de l’aborder par la dimension qui les concerne en premier lieu, à savoir l’économie. Dans le projet européen, celle-ci se concrétise dans deux domaines essentiels, tout d’abord celui du commerce avec une politique européenne de la concurrence particulièrement efficace, et sur le plan monétaire avec la création de l’euro.

Disparition de l’inflation

Le principe de la concurrence libre et non faussée est un fondement de l’économie de marché et de la création de richesse. C’est pourquoi il apparaît dès le traité de Rome de 1957. Ce principe conduit la Commission européenne à traquer non pas les positions dominantes, mais les abus de position dominante, c’est-à-dire la capacité qu’ont les monopoles affichés ou masqués de fixer les prix et donc de voler les consommateurs.

La théorie économique démontre qu’il existe une taille optimale de l’entreprise qui n’est pas la plus grosse possible. Trop petite, elle a un problème de répartition de ses coûts fixes, mais trop grosse, elle perd en agilité et en innovation

Aujourd’hui, la promotion de la concurrence se heurte au discours sur la nécessité de constituer des champions nationaux ou européens pour affronter une compétition internationale systématiquement qualifiée, pour la discréditer, de « déloyale ». Cette critique repose sur le postulat que plus une entreprise est grosse, meilleur est son avenir industriel.

Or, la théorie économique démontre qu’il existe une taille optimale de l’entreprise qui n’est pas la plus grosse possible. Trop petite, elle a un problème de répartition de ses coûts fixes, mais trop grosse, elle perd en agilité et en innovation. Surtout elle ignore que l’objet de l’économie, c’est le consommateur. Le producteur est là pour fournir les produits dont le consommateur a besoin. Il n’existe pas pour lui-même.



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