Coupe du monde 2019 de rugby : une annulation, beaucoup d’interrogations

Coupe du monde 2019 de rugby : une annulation, beaucoup d’interrogations


Le directeur de la Coupe du monde 2019, Alan Gilpin, a annoncé jeudi à Tokyo l’annulation de deux matchs prévus samedi : France-Angleterre et Nouvelle-Zélande-Namibie.
Le directeur de la Coupe du monde 2019, Alan Gilpin, a annoncé jeudi à Tokyo l’annulation de deux matchs prévus samedi : France-Angleterre et Nouvelle-Zélande-Namibie. WILLIAM WEST / AFP

Après l’annulation, les questions. World Rugby, la fédération internationale de rugby, l’a acté, jeudi 10 octobre : le typhon Hagibis, qui menace le Japon, aura eu raison de deux matchs de la Coupe du monde prévus samedi, France-Angleterre et de Nouvelle-Zélande-Italie, en clôture du premier tour.

La décision d’annuler ces deux rencontres est inédite en neuf éditions du Mondial. Elle laisse un sentiment d’impréparation des organisateurs, et d’inadaptation des règlements.

Contactée jeudi par Le Monde, la fédération internationale n’a pas souhaité apporter de clarification au-delà de sa communication officielle.

  • Pourquoi n’a-t-on pas décalé les matchs et sur quelle base la décision d’annulation a-t-elle été prise ?

L’option qui aurait consisté à choisir – voire prévoir – des dates alternatives n’a pas été d’actualité. Parce que le règlement de World Rugby précise que, durant la phase de poules de la compétition, « si un match de groupe ne peut commencer le jour prévu, ledit match ne sera pas reporté au lendemain et sera considéré comme annulé ».

Ce règlement date de 2015, année de la précédente édition du Mondial. La compétition s’était alors tenue sur les terrains anglais et gallois. Des terrains légèrement moins exposés aux aléas climatiques que ceux du Japon en ce moment.

Le même règlement prévoit que, si les intempéries conduisent à interrompre un match après son coup d’envoi et si elles empêchent une reprise le jour même, « ledit match ne sera pas reprogrammé pour le lendemain et sera considéré abandonné ».

En cas de match abandonné à la mi-temps ou en seconde période, le score final sera celui du « moment où le match a été abandonné ». En cas de match arrêté avant la mi-temps, « le résultat sera déclaré nul pour le décompte des points de match, mais chaque équipe conservera le score qui était le sien au moment de l’abandon du match ».

  • Pourquoi la piste de la délocalisation des matchs a-t-elle été écartée ?

Alain Gipin, directeur exécutif de World Rugby et directeur du tournoi mondial.
Alain Gipin, directeur exécutif de World Rugby et directeur du tournoi mondial. MATTHEW CHILDS / REUTERS

Mercredi, l’option d’une délocalisation de la rencontre France-Angleterre à Oita (située à environ 1 000 kilomètres de Tokyo), a un temps été évoquée dans l’entourage des équipes concernées.

Tout en soulignant que « tous les efforts possibles pour mettre en œuvre un plan de contingence qui [aurait permis] à tous les matches de samedi d’être maintenus » avaient été déployés, le directeur exécutif de Rugby World Cup et directeur de la compétition, Alan Gilpin, a expliqué qu’il aurait été « extrêmement irresponsable de mettre en danger les équipes, les supporters, les bénévoles et autres membres du personnel de la compétition. »

Lors du passage du typhon précédent (Mitag), World Rugby, après avoir annoncé le maintien du match France-Etats-Unis, le 2 octobre, avait reconnu avoir envisagé de déplacer cette rencontre ailleurs : « Dans le cadre de nos nombreuses solutions possibles en cas d’imprévu, si le match n’avait pu être joué à Fukuoka, un autre stade aurait été utilisé. »

  • Quelles sont les conséquences pour les équipes concernées ?

Les organisateurs ont privilégié l’annulation pour des rencontres pour lesquelles cette option avait le moins d’impact : les équipes concernées étaient soit qualifiées (France et Angleterre dans le groupe C, Nouvelle-Zélande dans le B), soit déjà quasi éliminée (l’Italie).

Dans le cas d’une annulation de match en phase de poules, le règlement de la Coupe du monde prévoit en effet d’accorder d’office deux points aux deux équipes concernées. Comme si elles avaient concédé un match nul (0-0).

Les places de premier et de deuxième du groupe auraient cependant été en jeu dans le match France-Angleterre. Il restait également une chance très théorique et très infime de qualification pour l’Italie, en cas d’exploit contre les All Blacks sans bonus néo-zélandais…

Ce n’est pas la même histoire dans le groupe A, où les deux places qualificatives pour les quarts de finale restent à déterminer. C’est pourquoi les organisateurs ont préféré attendre avant d’annoncer le maintien ou l’annulation de la rencontre Japon-Ecosse, prévue dimanche à Yokohama. S’ils décidaient de la reporter à une date ultérieure, ils iraient à l’encontre du règlement.

World Rugby a, par ailleurs, décidé de maintenir l’autre rencontre du groupe A : Irlande-Samoa se tiendra bien samedi à Fukuoka, une zone a priori épargnée par le typhon.

  • Comment les équipes ont-elles réagi ?

La Fédération française, par la voix de Serge Simon, son vice-président, a déclaré prendre « acte de la décision de World Rugby », quand Eddie Jones, sélectionneur de l’Angleterre a dit déjà penser « à notre quart de finale », samedi 19 octobre, et être « content d’avoir dix jours pour le préparer ».

La tonalité était identique chez les Néo-Zélandais : « Ça nous donnera plus de temps pour préparer notre quart de finale. On va juste devoir adapter nos entraînements », a fait valoir Steve Hansen, le sélectionneur des All Blacks.

Conor O’Shea, l’entraîneur de l’Italie, a quant à lui parlé d’une fin « horrible ». « Ces garçons ont donné leur vie pour le rugby italien et leur Coupe du monde s’est terminée sur un terrain d’entraînement au lieu du stade. »

  • Que se passe-t-il pour les spectateurs ?

Quelque 70 000 spectateurs devaient par exemple assister à la rencontre Angleterre-France à Yokohama. World Rugby a annoncé que tous les billets qui avaient été vendus pour les deux matchs qui sont annulés seront intégralement remboursés.

  • Les mêmes règles seront-elles appliquées à partir des quarts ?

Le règlement diffère par rapport au premier tour. Mais il y a divers cas de figure.

Si la météo empêche la tenue d’un match à élimination directe, celui-ci doit faire l’objet d’une programmation « dans les deux jours qui suivent (…) ou une plus longue période déterminée » par les organisateurs. Formulation vague qui laisse la place à tous les possibles.

En cas d’interruption en cours de match et si celui-ci ne peut « se finir le même jour, ledit match sera considéré abandonné ».

Dans le cas de figure où le match est abandonné à la mi-temps ou en seconde période, « le score au moment où le match a été abandonné sera maintenu et servira à déterminer le résultat du match ».

Mais en cas d’arrêt du match en première période, il doit alors être « rejoué dans les deux jours qui suivent (…) dans son intégralité dans le même stade, ou si besoin est, dans un autre stade. » Avec une précision : « Ou après une plus longue période déterminée » par les organisateurs.

Si toutefois les conditions météos conduisent à l’annulation d’un match, même durant « une plus longue période déterminée » que celle des deux jours réglementaires, le vainqueur du match annulé est déterminé en fonction d’une longue liste de critères. Le premier d’entre eux étant celui « plus grand nombre de points » engrangés au cours du premier tour, puis celui de la meilleure différence entre les points marqués et concédés durant tout le tournoi.



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