« Death Stranding », le roi de la communication

« Death Stranding », le roi de la communication


Intrigant, fascinant, et amené avec un art évident du teasing, « Death Stranging » est l’un des jeux vidéo les plus attendus de la fin d’année.
Intrigant, fascinant, et amené avec un art évident du teasing, « Death Stranging » est l’un des jeux vidéo les plus attendus de la fin d’année. (Kojima Productions)

Lundi 19 août. La soirée de lancement de la GamesCom, le Salon européen du jeu vidéo qui se tient jusqu’à samedi à Cologne, en Allemagne, bat son plein. Au programme, de multiples bandes-annonces des titres phares présentés en Rhénanie du Nord-Westphalie. Sur les réseaux sociaux, l’un d’eux monopolise vite l’attention : Death Stranding.

Pour quiconque suit l’actualité du jeu vidéo, ce n’est pas une première. A chacune de ses présentations, la nouvelle production du créateur japonais Hideo Kojima a réussi à vampiriser les discussions et attirer tous les regards sur lui. Salons américains de l’E3 2016, 2017 et 2018, Salons japonais du Tokyo Game Show 2017 et 2018, maintenant le Salon européen de la GamesCom 2019…

A chaque nouvelle bande-annonce, le jeu vidéo le plus intrigant du moment cumule plusieurs millions de visionnages sur YouTube, des articles en pagaille, et une excitation palpable, qui, sans que l’on sache encore de quel bois Death Stranding se chauffera, en fait d’ores et déjà l’un des jeux les plus guettés de l’année, à dix semaines de sa sortie, le 8 novembre sur PlayStation 4.

Un des noms les plus connus de l’industrie

La prouesse est d’autant plus remarquable que Death Stranding est une nouvelle franchise sortie de nulle part, dans une industrie où les suites sont généralement favorisées. Il s’agit par ailleurs du premier jeu de Kojima Productions en tant que studio indépendant, et rares sont les entreprises dans pareille situation à avoir bénéficié d’un écho semblable.

Plus ironique encore, à deux mois de sa sortie, rien n’a encore réellement filtré du jeu lui-même et de son principe – tout juste sait-on qu’il y sera question d’un monde lunaire relié à un monde des morts, et d’un bébé servant d’interface et de lien entre les deux. En expert de la communication, Hideo Kojima, après avoir commenté trois segments différents de son jeu à la soirée d’ouverture de la GamesCom, a donné rendez-vous au Tokyo Game Show de septembre pour plus de détails.

Hideo Kojima sait qu’il bénéficie d’un important crédit auprès des joueurs. A son actif, le Japonais de 55 ans est l’emblématique créateur de la série des Metal Gear Solid, l’une des plus marquantes et inventives de l’histoire du média. Elle lui a permis de se faire connaître, bien aidé par son insistance à glisser un générique d’introduction dans chacun de ses épisodes. Au plus grand désarroi de Konami, son employeur historique, qui, depuis leur rupture conflictuelle en 2015, cherche à effacer sa trace.

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Les coups de pouce de Sony et Geoff Keighley

Hideo Kojima s’est alors retrouvé sans éditeur. Mais cette figure majeure de l’industrie du jeu vidéo, dont l’aura est proche de celle de Quentin Tarentino dans l’industrie du cinéma, a pu compter sur le soutien d’alliés de poids. En premier lieu, Sony, le tout puissant constructeur de la PlayStation, dont les conférences à l’E3 restent le tremplin médiatique le plus efficace pour mettre en orbite un projet de jeu vidéo – à l’image de Shenmue 3, qui a battu le record du financement participatif le plus lucratif sur Kickstarter après avoir été mis en avant en 2015. Le soutien de Sony a été d’autant plus régulier que le jeu était référencé jusqu’à cet été comme une exclusivité de la PlayStation 4 (il a depuis disparu de la liste).

Le célèbre créateur japonais a également des soutiens dans le monde des médias. Il est notamment proche d’une personnalité clé, le canadien Geoff Keighley, ancien contributeur du site spécialisé Kotaku, aujourd’hui producteur du show annuel dans lequel se pressent tous les grands noms du secteur, The Game Awards.

Geoff Keighley, l’influent producteur canadien, modélisé dans « Death Stranding ».
Geoff Keighley, l’influent producteur canadien, modélisé dans « Death Stranding ». (Kojima Productions)

Symbole de la complicité entre les deux hommes, Geoff Keighley avait pris parti pour Hideo Kojima lors des Game Awards 2015 au moment de son conflit avec Konami, qui lui avait interdit d’y participer. Par la suite, Death Stranding a été mis en avant trois années d’affilée lors des cérémonies organisées par le producteur canadien, et bénéficié de trois séquences de promotion lors de la seule soirée GamesCom, « Opening Night », organisée par… Geoff Keighley. M. Kojima en a profité pour révéler que cet homme, que Kotaku présente avec humour comme « son meilleur ami pour la vie », avait été modélisé sous forme d’hologramme dans son nouveau jeu.

Mise en scène léchée et casting cinq étoiles

Le succès d’audience de chacune de ces bandes-annonces tient aussi à la qualité de ces courts-métrages promotionnels. Dès sa première présentation, en 2016, les visions fantasmagoriques, la photographie léchée, les tons désaturés et la musique lancinante de Low Roar avaient posé un climat cinématographique fort, fascinant et unique. D’emblée, il ne laissait pas indifférent.

La superproduction d’Hideo Kojima laisse entrevoir un univers atypique, naviguant entre renouveau de la science-fiction spatiale à la Gravity ou Interstellar, visions sombres et fantasmatiques dignes d’un film d’horreur, et étrangetés corporelles à la David Cronenberg, comme ce fœtus que le héros porte en permanence dans son dos, et dont on sait désormais qu’il officiera comme instrument permettant de relier deux mondes.

Le projet s’appuie enfin sur un casting cinq étoiles, avec des stars du petit et grand écran comme Norman Reedus (The Walking Dead), Mads Mikkelsen (Hannibal), Léa Seydoux (La vie d’Adèle ; Mission : impossible – Protocole fantôme) ou encore le réalisateur Guillermo del Toro (Hellboy ; La Forme de l’eau), avec qui Hideo Kojima avait déjà collaboré pour un projet abandonné, P.T.. Ce sera sa première expérience comme acteur. « Je ferai toutes les dingueries que Kojima me demandera. Quoi qu’il me demande, je le ferai », s’était engagé à faire le prestigieux réalisateur. Contribuant encore un peu plus à l’aura incomparable de ce projet.

Mais Hideo Kojima sait aussi jouer avec les attentes. Il s’est distingué à la GamesCom par une insolite séquence de jeu – la première – dans laquelle le héros se repose, se promène, explore, ou encore, fonctionnalité aussi incongrue que rare dans un jeu vidéo, fait sa petite commission dans la nature. Dans Metal Gear Solid premier du nom, il avait déjà glissé dans l’inventaire du joueur une cigarette. Plus tard dans l’aventure, elle s’était avérée utile pour déjouer un système de défense laser. Roi du suspense et des contre-pieds, Kojima n’est plus à une provocation près.

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