Elle est comme ça… Theresa May

Elle est comme ça… Theresa May


Damien Cuypers pour M Le magazine du Monde

Tiens, mais qu’est-ce qu’elle fiche là, elle ? Remarquez, nous aussi on est un peu étonné de la retrouver en page 15 de ce magazine, le 5 janvier. Si les commentateurs politiques avaient exercé une science exacte, elle aurait dû regagner son Sussex natal, son cottage, son époux, Philip, et les romans de Jane Austen depuis des mois. Déjà, en 2018, c’était limite. Plusieurs fois, nous nous sommes posé la question : « Et si on faisait Theresa May ? – T’es sûr ? C’est pas un peu risqué ? » Toujours aux prises avec une « négociation de la dernière chance » à Bruxelles, une révolte des tories à mater ou la démission d’un ministre (dans le genre blond et mal peigné), elle était davantage menacée de disparition qu’un rhinocéros blanc.

En fait, le bon moment pour parler d’elle – si on excepte les six années où elle a été ministre de l’intérieur – se situait entre le 13 juillet 2016, date à laquelle elle a pris la succession de David Cameron, après le désastreux référendum sur le Brexit qu’il avait imprudemment déclenché, et le 8 juin 2017, lorsque le Parti conservateur perdit sa majorité absolue à la suite d’élections législatives qu’il avait étourdiment décidées. Une année de presque tranquillité où elle était apparue comme un élément de tempérance entre brexiters et remainers qui, pour des raisons différentes, la trouvaient trop timorée après avoir pensé qu’elle était des leurs. Il est vrai qu’elle était restée d’une discrétion de violette durant la campagne. Seul problème : cette chronique n’existait pas encore.

Un océan de contradictions

Mais voilà qu’une fenêtre d’opportunité s’est ouverte. Ayant repoussé, le 12 décembre 2018, un vote de défiance au sein de sa majorité, ayant fait une dernière apparition à Bruxelles et ne prévoyant pas de chausse-trape avant la mi-janvier au moins, elle a fait le pari que la trêve des confiseurs lui épargnera une crise impromptue, qu’elle la laissera politiquement vivante. Au moins quelques semaines. Occasion à saisir !

Alors qu’elle a été désignée pour mettre en œuvre le Brexit, voilà qu’on lui prête le dessein nébuleux d’organiser un « Bremain » !

Mais pour dire quoi, en définitive ? Pour l’instant, le choix est large. On peut applaudir la capacité d’encaissement de cette fille de pasteur qui, à la manière d’un Sylvester Stallone dans Rocky, se relève chaque fois qu’on la croit K.-O. Saluer le courage, inutile, de celle qui sait qu’elle sera mangée, genre Mister Seguin’s Goat. Ou s’amuser de ses ruses, qui lui permettent de ridiculiser ses exécuteurs à l’affût tel un Bip Bip d’outre-Manche. Sera-t-elle cette martyre pâle immolée sur l’autel du Brexit ou l’écervelée qui se dandinait sur Dancing Queen comme on valserait sur le Titanic ?

Déjà, on dresse son bilan. « Tout aurait pu tourner différemment si [elle] n’avait pas accumulé maladresses, contresens, et mensonges », lisait-on l’autre jour dans Le Monde. Qui la croit arrimée à une stratégie la découvre hésitante et procrastinatrice. Alors qu’elle a été désignée pour mettre en œuvre le Brexit, voilà qu’on lui prête le dessein nébuleux d’organiser un « Bremain » ! Les hommes sont au bord de la crise de nerfs. Jeremy Corbyn, le leader travailliste, a fini par en perdre les pédales en la traitant, ce qu’il nie, de « femme stupide ». Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, n’y comprend plus rien. Ex- « Dame de fer » – ce surnom ridicule qui guette toutes les femmes de pouvoir –, désormais plus rouillée qu’un vieux cargo, elle navigue sur un océan de contradictions. Mais elle flotte…

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Philippe Ridet



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