En Chine, ces « villages Taobao » qui ne vivent que de l’e-commerce

En Chine, ces « villages Taobao » qui ne vivent que de l’e-commerce


Des milliers de bourgs sont en ébullition avant la Fête des célibataires, le plus gros événement commercial du monde, orchestré par Alibaba.

Par Publié aujourd’hui à 10h19

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Dans le village de Yuzhao (province du Zhejiang), en juillet 2015.
Dans le village de Yuzhao (province du Zhejiang), en juillet 2015. Aly Song / REUTERS

Des triporteurs électriques aux bennes remplies de boîtes en carton traversent à toute allure une large rue cimentée de frais. Ils chargent leur cargaison dans un semi-remorque garé un peu plus loin. Les paquets ne partiront que le lundi 11 novembre, mais le chargement est préparé avant le jour J.

Cette zone commerciale, nouvellement construite à Wangying, dans le Henan (centre de la Chine), embauche à tour de bras. Au sein de ce village qui s’est spécialisé dans la vente de noix et de fruits secs, les recrues trient les dattes et empaquettent les mélanges. Tout le monde tente de prendre de l’avance pour gérer au mieux la tornade à venir : « shuangshiyi », « le double 11 » ou « Fête des célibataires ».

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Ces soldes démesurés, organisés par le géant du commerce en ligne Alibaba, sont devenus le plus gros événement commercial du monde. En 2018, le groupe avait réalisé 27 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 24 heures, soit 27 % de plus que l’année précédente. L’économie chinoise ralentissant, la consommation tend à se concentrer sur les périodes de soldes. De quoi lui laisser espérer de nouveaux chiffres record et faire les affaires des plus de 4 000 « villages Taobao », du nom du principal site de e-commerce chinois.

A l’image de Wangying, ces villages qui vivent du commerce électronique comptent des dizaines de vendeurs en ligne et affichent un chiffre d’affaires total de plus de 10 millions de yuans (1,3 million d’euros). Souvent, ils ne vendent qu’une seule sorte de produits : bonnets de Noël ici, impression de photos là.

Développement de l’entrepreneuriat local

Trafic Web, marketing, Photoshop… Les petits patrons des campagnes manient en expert le vocabulaire de l’e-commerçant. La plupart n’ont pas fini le lycée ou sont allés en apprentissage. Wang Fenglei, 40 ans, aujourd’hui à la tête de 130 employés, des champs de dattiers à l’emballage des commandes, a commencé à travailler à 13 ans. « Je vendais des fruits sur un tricycle à Zhengzhou [la capitale de la province du Henan]. La nuit, on dormait par terre dans la rue », raconte-t-il. Après deux ans de misère, il ouvre une épicerie avec un partenaire. Les dattes se vendent bien. Il investit dans un premier verger, puis un autre.

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En 2004, il lance son premier magasin sur Taobao, seulement un an après la création du site Web de Jack Ma, le fondateur d’Alibaba. Son succès fait des émules et ses voisins s’y mettent aussi. Désormais, ces anciens paysans ou travailleurs migrants garent leurs 4×4 rutilants devant les grandes portes en bois surmontées de portiques façon Chine impériale à l’entrée de la zone de Wangying, où sont installées vingt-deux entreprises.



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