Guillaume Néry, la vie aquatique

Guillaume Néry, la vie aquatique



Par Béatrice Gurrey

L’apnéiste niçois, multiple recordman du monde, a fait de sa discipline un art total, qui a séduit jusqu’à la pop star Beyoncé. Il utilise aujourd’hui son aura internationale pour s’impliquer dans la défense du milieu marin.

Dans Profondeurs, un roman du Suédois Henning Mankell, traduit en 2009 au Seuil, le capitaine Lars Tobiasson-Svartman cherche en lui des fonds inconnus et rêve que sa précieuse sonde ne rencontre un jour, au bout de sa pointe en laiton, que l’infini des abysses. C’est-à-dire rien. L’apnéiste Guillaume Néry se situe aux antipodes de l’hydrographe imaginé par Mankell, un personnage sombre et schizophrène qui perdra la raison.

Ils partagent néanmoins une expérience (peu) commune. La mesure des profondeurs, cette magie du chiffre au bout du câble plongé à la verticale dans la mer, vaut une forme d’ensorcellement. Est-ce de là, de ces gouffres où l’eau a avalé la lumière, que vient leur goût pour l’introspection ? Profondeurs est aussi le titre de l’autobiographie que l’apnéiste, bien réel, a écrite avec le journaliste Luc Le Vaillant, en 2014 (Arthaud). Fin de la comparaison.

C’est un jeune homme solaire de 36 ans que l’on rencontre fin mars, à Nice, au retour d’une expédition de six semaines à l’extrémité de la péninsule Antarctique, au sud du cap Horn. Des semaines d’attente, un temps à ne pas mettre un manchot dehors, une méchante entorse à la cheville survenue comme par hasard et le moral au fond des palmes. Et puis des éblouissements surviennent, au contact des habitants de passage de ce continent quasi inexploré.

Sept minutes sans respirer

Les baleines, pendant cette saison du feeding, y avalent des tonnes de krill, avant de se mettre à la diète pour huit ou neuf mois. Les léopards des mers, redoutables prédateurs, déjeunent aussi à toute heure. Leurs femelles, chefs de clan, sont plus grosses que les mâles et chassent, comme les lionnes. La plus grande de toutes est venue tourner autour de Guillaume Néry. « J’ai eu peur tout le temps, et là, tout à coup, l’appréhension a disparu. Il y avait une telle douceur… Un langage corporel universel qui se passe d’explication. » Ce ballet entre l’homme et l’animal a duré une petite heure, en brèves immersions, car l’eau salée descend à – 1 °C. L’apnéiste a reçu ce moment comme un cadeau. « Ils peuvent aussi nous dire de dégager. Un lâcher de bulles, c’est un avertissement. Quand il faut partir, on comprend tout de suite. »

De ce séjour sur la petite île de Cuverville, gagné de haute lutte, sortiront des images, des écrits, des films. Guillaume Néry y a beaucoup appris. Sur lui-même d’abord, sur son rapport à la patience, à l’adversité. Sur son goût à noircir des pages. Bloqué par le mauvais temps dans les îles Wollaston, avec cette cheville qui le fait souffrir, il prend la bonne décision. « J’ai eu l’instinct de me reconnecter à l’eau. Si je n’y allais pas, je tombais en dépression. » Au fond, il ramasse un crabe. En sortant, « un petit gant d’eau chaude » et il se sent neuf. Régénéré.



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