Héritier des Agnelli, président de Fiat… John Elkann, l’éclosion d’un patron

Héritier des Agnelli, président de Fiat… John Elkann, l’éclosion d’un patron


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En proposant fin mai une fusion entre son groupe, Fiat Chrysler, et Renault, avant de retirer son offre, l’héritier du flamboyant Gianni Agnelli est apparu pour ce qu’il est désormais : un capitaine d’industrie qui décide seul. Nos journalistes l’ont rencontré.

Bien sûr, ce n’est encore qu’un chantier encombré d’outils, mais on discerne bien les amples proportions de la pièce, qui offre une vue apaisante sur un coin de verdure. Au plafond, des fresques témoignent de ce que l’endroit a été, dans le passé : l’hôtel particulier d’un de ces grands bourgeois piémontais de la fin du XIXe siècle qui ont construit l’Italie contemporaine.

Ici vivait, il y a un siècle, « le Sénateur », Giovanni Agnelli (1866-1945), fondateur mythique de la Fabbrica italiana automobili Torino – autrement dit du groupe FIAT, en 1899. Et c’est au rez-de-chaussée de ce bâtiment chargé d’histoire, devenu le siège de la Fondation Agnelli, que son arrière-arrière-petit-fils, John Elkann, désormais à la tête de l’empire, a décidé d’installer ses bureaux dans les prochaines semaines.

En 1997, dans le box Ferrari, Gianni Agnelli avec Luca di Montezemolo, président de Ferrari et futur directeur de Fiat, et John Elkann, âgé de 21 ans.
En 1997, dans le box Ferrari, Gianni Agnelli avec Luca di Montezemolo, président de Ferrari et futur directeur de Fiat, et John Elkann, âgé de 21 ans. FARABOLA / LEEMAGE

« La fondation existe depuis 1966, mais au départ celle-ci remplissait toute une série de missions philanthropiques très différentes, explique Andrea Griva qui, après avoir travaillé pendant quinze ans comme porte-parole de John Elkann, a rejoint la fondation en 2018. John Elkann a voulu se concentrer sur un seul sujet, l’école, et y consacrer toutes les énergies. Le bâtiment a été repensé dans cet esprit. »

Des espaces de détente comme dans une start-up, une cafétéria ouverte sur la rue et truffée d’objets connectés, une œuvre de l’artiste islandais Olafur Eliasson dans le grand escalier… C’est dans ce phalanstère pour geeks, tourné vers la recherche et l’innovation et imaginé par lui, que l’héritier de la plus vénérable fortune industrielle du pays présidera aux destinées du groupe. Sans pour autant perdre le fil avec l’histoire centenaire de sa famille.

Le Lingotto, lieu de production historique

Pour prendre conscience de la portée de ce changement, il faut faire un saut de quelques kilomètres en direction d’un autre lieu saturé de symboles. Si la villa de la via Giuseppe Giacosa est le berceau de l’aventure industrielle des Agnelli, le Lingotto en est le cœur et le symbole le plus pur. Lieu de production historique de la Fiat et véritable monument à la gloire du taylorisme.

Le Lingotto a cessé d’être une usine en 1982, et a été progressivement requalifié, sous le patronage de l’architecte génois Renzo Piano. Il abrite désormais un centre de congrès, un auditorium, une galerie commerciale, deux hôtels et une pinacothèque, mais reste le siège historique de la marque.

L’actuel bureau de John Elkann se trouve au quatrième étage de cette immense construction, au bout d’un large couloir un peu austère décoré de boiseries et de photographies en noir et blanc. On a pu l’y croiser quelques minutes, le temps d’évoquer les mutations de la presse écrite. On lui parle de notre projet de portrait pour M Le magazine du Monde. Avec son sourire timide, il nous répond qu’il n’accorde que de très rares entretiens. Ce n’est pas faute d’aimer les journaux.



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