Il faut revaloriser « la médecine de ville » et investir dans le numérique « pour éviter au maximum le recours à l’hospitalisation »

Il faut revaloriser « la médecine de ville » et investir dans le numérique « pour éviter au maximum le recours à l’hospitalisation »


« La demande de soins va croissant et la tendance naturelle à l’augmentation des dépenses de santé se situe autour de 4 % » (Photo : le premier ministre et la ministre de la santé, Agnès Buzyn, à Matignon le 25 novembre).
« La demande de soins va croissant et la tendance naturelle à l’augmentation des dépenses de santé se situe autour de 4 % » (Photo : le premier ministre et la ministre de la santé, Agnès Buzyn, à Matignon le 25 novembre). ERIC FEFERBERG / AFP

Tribune. Après le « pacte de refondation » des urgences du 9 septembre 2019 qui annonçait 750 millions d’euros pour les hôpitaux sur trois ans, le plan d’urgence pour l’hôpital public présenté le 20 novembre par Edouard Philippe et Agnès Buzyn engage des financements supplémentaires à hauteur d’1,5 milliard d’euros d’ici à 2022, ainsi qu’une reprise partielle de la dette des hôpitaux. Un investissement massif, qui dépasse la barre symbolique du milliard d’euros attendue par de nombreux acteurs.

En multipliant les primes à destination des personnels soignants et en redonnant de l’oxygène et des moyens à un hôpital public exsangue, le gouvernement envoie un signal fort aux acteurs de l’hôpital dont la colère s’est manifestée dans les rues le 14 novembre, après plus de six mois de grèves dans de nombreux services d’urgences.

Cette réponse, sans doute inévitable compte tenu de la paupérisation des établissements publics et de la souffrance des professionnels, interroge toutefois sur les moyens qui seront mis en œuvre pour refonder sur le long terme notre système de santé. La transformation épidémiologique et technologique à l’œuvre appelle pourtant à repenser en profondeur l’offre de soins, construite autour des professionnels de santé, de l’hôpital et des spécialités médicales et insuffisamment pensée pour et par les patients.

Un système d’une autre époque

La situation dans les hôpitaux publics est symptomatique de l’état de notre système de santé. Elle est le résultat d’un système construit à une autre époque : celle où les maladies chroniques étaient rares, où les solutions numériques n’existaient pas, où les traitements innovants n’avaient leur place qu’à l’hôpital.

Aujourd’hui, grâce aux innovations technologiques et au progrès médical, on vit plus longtemps avec des maladies qui se chronicisent. Au cœur de ces défis, se trouvent les patients âgés, très souvent porteurs de multiples pathologies (90 % des plus de 75 ans souffrent d’au moins deux maladies chroniques). De ce fait, la demande de soins va croissant et la tendance naturelle à l’augmentation des dépenses de santé se situe autour de 4 %.

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Pour éviter le dérapage budgétaire, les dépenses de l’Assurance-maladie sont contenues par un objectif national de dépenses ­d’Assu­rance-maladie (ONDAM) voté chaque année, et ne progressent « que » de 2,5 % par an. Sans réforme structurelle, on comprend aisément que cette contrainte budgétaire annuelle, souvent comparée à un « coup de rabot », est de nature à paupériser un système dont le mode de financement est par ailleurs largement lié au volume d’activité (la tarification à l’acte).



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