« Imaginer d’autres plaisirs que la consommation »

« Imaginer d’autres plaisirs que la consommation »



Tribune. Le « Black Friday » sera probablement, cette année comme la précédente, un jour de gloire pour les commerces en ligne, qui réalisent, en cette seule journée, jusqu’à un quart de leur chiffre d’affaires annuel ! Cet été, les incendies géants ont fait peur, le dérèglement climatique est devenu palpable, la disparition de nombreuses espèces a frappé les esprits. Mais pas facile pour autant de renoncer aux plaisirs de la consommation à prix cassés, à quelques jours des fêtes de Noël…

Les recherches rassemblées dans notre ouvrage collectif Du gaspillage à la sobriété. Avoir moins et vivre mieux ?, réalisé en partenariat avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) (DeBoeck Supérieur, 240 p., 22 €), montrent la relative stabilité des comportements d’achat des Français, malgré les liens avérés entre l’hyperconsommation et la dégradation rapide de notre environnement. Certes, les achats de produits d’occasion augmentent (+12 % depuis 2011). Mais ils se rajoutent plus qu’ils ne se substituent aux achats de produits neufs. Le troc, la location, les prêts et les dons entre particuliers, restent à des niveaux assez bas. Globalement, les appels à la sobriété ne parviennent pas à se faire entendre au-delà d’un cercle militant qui s’étend, certes, mais très lentement.

L’exposition aux offres commerciales n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui

Pourquoi ? L’exposition aux offres commerciales n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. Les propositions de l’e-commerce sont accessibles tout le temps ; les réseaux sociaux permettent aux enseignes de repérer comme jamais les préférences individuelles ; les opérations de promotion sont désormais autorisées tout au long de l’année, attisant ainsi les désirs.

La perception du gaspillage n’est, par ailleurs, souvent pas très claire. On fait attention lorsqu’il s’agit de consommer de l’eau, de l’électricité ou de la nourriture. On culpabilise quand on jette des objets au lieu de les recycler, mais on n’a pas toujours conscience de générer des émissions de gaz nocives et de gâcher des ressources non renouvelables, quand on remplit ses armoires d’objets neufs en tous genres…

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Le désir d’achat – et la revendication de pouvoir d’achat qui va avec – répond, enfin, à des besoins psychologiques et émotionnels qui se font de plus en plus pressants. En consommant, l’individu achète des objets qu’il imagine utiles, mais il recherche aussi, et souvent avant tout, de la reconnaissance. Il veut se sentir partie d’un groupe, affirmer son identité, se distinguer. En dépensant, il trompe également la solitude, compense un coup de blues. Il se donne l’impression d’avoir une certaine prise sur le monde.



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