Indignation après le suicide d’une Iranienne, poursuivie pour avoir assisté à un match

Indignation après le suicide d’une Iranienne, poursuivie pour avoir assisté à un match



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Sahar Khodayari s’est immolée, lundi, par le feu devant le tribunal de Téhéran, où elle devait être jugée pour avoir assisté à un match de football. Avec #BlueGirl, les internautes lui rendent hommage et demandent à l’Iran de revoir sa politique.

Une Iranienne est décédée, lundi 9 septembre, après s’être immolée par le feu devant le tribunal de Téhéran une semaine auparavant. La jeune femme de 29 ans risquait six mois de prison pour avoir voulu assister à un match de football, un loisir toujours interdit aux femmes en Iran.

Tout commence le 12 mars, quand Sahar Khodayari se grime en homme afin de passer les portes du stade de Téhéran pour voir le match de son équipe préférée, l’Esteghlal Téhéran Football Club. Repérée par les autorités, elle est arrêtée, puis passe trois jours en prison avant d’être libérée sous caution. La semaine dernière, elle se présentait au tribunal de Téhéran afin d’être jugée. Elle aurait entendu quelqu’un déclarer qu’elle encourait entre six mois et deux ans de prison, et serait alors sortie devant le bâtiment pour s’immoler par le feu.

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Le site du ministère de la Justice, Mizan Online, a indiqué de son côté qu’aucune sentence n’avait été prononcée et qu’il n’y avait même pas eu de procès. Depuis l’annonce de sa mort, l’indignation se répand sur les réseaux sociaux. Sous le hashtag #BlueGirl, en référence à la couleur du maillot de l’Esteghlal Téhéran Football Club, de nombreux internautes et clubs sportifs ont rendu hommage à la jeune femme, et appelé l’Iran à changer sa politique à ce sujet.

Alimi Karimi, ancienne star du football iranien, a appelé ses 4,5 millions d’abonnés sur Instagram à boycotter les stades jusqu’à nouvel ordre. “Les femmes de notre Terre sont meilleures que les hommes”, écrit-il en légende de sa photo.

De son côté, la Fédération internationale de football (Fifa) a accru ses pressions sur le pays, pour qu’il autorise les femmes à assister aux rencontres de qualifications pour la Coupe du monde 2022. L’Iran avait jusqu’au 31 août pour se plier à ces règles, sous peine de conséquences. Le ministère des Sports avait indiqué le 25 août que les supportrices seraient autorisées à assister le 10 octobre à un match de qualification entre l’Iran et le Cambodge.

Depuis la Révolution islamique de 1979, les femmes ne sont pas admises dans les stades de football, les responsables religieux arguant qu’elles doivent être protégées de “l’atmosphère masculine” et de la “vue d’hommes à moitié dévêtus”. Et même si aucune loi ne l’indique, dans les faits, la police les empêche d’entrer “pour des raisons de sécurité”. Durant la Coupe du monde 2018, l’interdiction avait exceptionnellement été levée notamment à Téhéran, où les matches de l’Iran étaient diffusés en streaming dans les stades.

Sahar Khodayari n’était pas la première Iranienne à tenter de franchir les portes d’un stade : en mai 2016, Shakiba devenait la coqueluche de l’équipe de Persépolis en assistant à un match de l’équipe. Elle aussi s’était déguisée en homme pour passer la sécurité présente à l’entrée.

La justice iranienne va enquêter sur le décès de Sahar Khodayari, sur demande de la vice-présidente Masoumeh Ebtekar, qui a adressé une lettre au chef du pouvoir judiciaire, selon l’agence de presse officielle Irna.





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