La cinéaste Petra Costa expose les plaies à vif du Brésil

La cinéaste Petra Costa expose les plaies à vif du Brésil


S’appuyant sur son propre passé familial, la réalisatrice a tourné le documentaire « Democracia em vertigem » (Une démocratie en danger). Salué par la critique, ce film retrace l’histoire politique récente et mouvementée de son pays.

Par Publié aujourd’hui à 13h51

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La réalisatrice Petra Costa (au centre), lors de l’avant-première de son documentaire, au Festival de Sundance, à Park City (Etats-Unis), le 24 janvier 2019.
La réalisatrice Petra Costa (au centre), lors de l’avant-première de son documentaire, au Festival de Sundance, à Park City (Etats-Unis), le 24 janvier 2019. David Becker/Getty Images for Netflix/AFP

La foule s’était entassée à même le sol, se pressant jusqu’aux extrémités de l’estrade. On jouait, ce lundi 24 juin, Democracia em vertigem (Une démocratie en danger, sur Netflix depuis le 19 juin) dans la Casa do Baixo Augusta, centre culturel au cœur de São Paulo. Le documentaire de la cinéaste brésilienne Petra Costa, 35 ans, qui relate la séquence folle traversée par son pays, des manifestations de 2013 à l’ascension du leader de l’extrême droite Jair Bolsonaro, en 2018, en passant par l’impeachment (destitution) polémique de la présidente de gauche Dilma Rousseff et l’arrestation rocambolesque de son prédécesseur, Luiz Inácio Lula da Silva, avait été salué par un tonnerre d’applaudissements.

Mais il n’a fallu qu’une minute pour que ce public bienveillant devienne enragé lors des débats qui ont suivi. Huant l’un des intervenants, journaliste à la Folha de S.Paulo, pour ses critiques trop appuyées envers le Parti des travailleurs (PT, gauche) de Lula, la foule conspue alors le chroniqueur pour le rôle complaisant de son quotidien lors la dictature militaire (1964-1985).

Polarisation grandissante

Dans la salle, Petra Costa baisse le regard, consciente que son long-métrage met au jour les déchirures d’un Brésil fâché avec son présent comme avec son passé. « Je comprends cette révolte », dit-elle. Son film, salué par la critique, parle de l’histoire politique récente et mouvementée de son pays, mais aussi de ses propres angoisses liées à la perte de ces valeurs que l’on pensait acquises : celles de la justice, de l’équité et du respect de la loi. « La démocratie et moi, nous avons presque le même âge », explique-t-elle aux spectateurs, ramenés au calme.

C’est en 2016, lors des grandes manifestations en faveur de l’impeachment, que la réalisatrice s’est décidée à prendre sa caméra. Elle voulait analyser cette polarisation grandissante de la société, avec pour modèle le documentaire de Patricio Guzmán narrant les mois qui précédèrent le coup d’Etat militaire, La Bataille du Chili. Sentant l’agressivité s’installer au sein d’une partie de la population peu à peu séduite par le leader de l’extrême droite brésilienne, Jair Bolsonaro, un capitaine d’infanterie nostalgique de la dictature militaire, la réalisatrice confie avoir alors ressenti une douleur presque comparable à la perte de sa sœur, Elena. Une sœur chérie, actrice, élevée sous la dictature dans la terreur des militaires, qui s’est suicidée à 20 ans, à qui Petra Costa a consacré son premier documentaire en 2012.



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