« La stagnation de l’industrie française du médicament est due à ses propres erreurs stratégiques »

« La stagnation de l’industrie française du médicament est due à ses propres erreurs stratégiques »


Les laboratoires pharmaceutiques tirent la sonnette d’alarme contre le régulateur public, sans mentionner leur forte profitabilité et leur sous-investissement, déplore dans une tribune au « Monde » Mathieu Bensadoun, expert du secteur.

Publié aujourd’hui à 21h00 Temps de Lecture 3 min.

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« Il est frappant que ces entreprises privées considèrent que leur chiffre d’affaires est un dû. »
« Il est frappant que ces entreprises privées considèrent que leur chiffre d’affaires est un dû. » Philippe Turpin / Photononstop

Tribune. La stratégie de communication rituelle des laboratoires pharmaceutiques à l’orée des négociations de l’accord-cadre triennal entre l’industrie et le gouvernement a été lancée avec l’appui, cette année, d’une étude commandée au Bureau d’information et de prévisions économiques (L’Effet de la régulation sur les industries de santé et sur la contribution économique du G5 en France, BIPE, 12 juin 2019). Dans leur ligne de mire : le Comité économique des produits de santé (CEPS), chargé de la négociation des prix des médicaments. Cette émanation du ministère de la santé est jugée bien trop sévère par des industriels estimant la progression de leur chiffre d’affaires en France insuffisante.

Leur message se veut clair : depuis que la croissance du chiffre d’affaires des laboratoires pharmaceutiques est régulée et limitée, la France aurait perdu son attractivité et devrait réagir vite, sous peine de fermetures d’usines, de licenciements et de détérioration de sa balance commerciale.

En conséquence, trois propositions sont avancées par le « G5 santé » (qui associe les huit laboratoires BioMérieux, Sanofi, Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Servier et Théa) pour résoudre cette crise en gestation : modifier la mission du CEPS pour qu’il prenne mieux en compte les intérêts des industriels (ce qui est difficilement conciliable avec sa mission de contrôle des dépenses de l’assurance-maladie) ; prendre systématiquement en compte les investissements réalisés par les laboratoires lors de la fixation des prix de leurs produits ; autoriser l’exportation des médicaments au prix facial, afin que les autres pays ne bénéficient pas des baisses de prix négociées en France.

Stagnation française

Il est frappant que ces entreprises privées considèrent que leur chiffre d’affaires est un dû. Il apparaît pourtant que les nombreuses tombées de brevets de médicaments dans le domaine public (cardiovasculaire, diabète…) et l’arrivée massive d’alternatives génériques, ne se sont pas traduites par une forte baisse des dépenses de médicaments. A l’hôpital, où les médicaments les plus innovants bénéficient d’accès rapides et d’un remboursement immédiat (selon le dispositif d’« autorisations temporaires d’utilisation ») et de prix de remboursement élevés, les efforts ont été faits par la collectivité pour payer l’innovation, tant que celle-ci est prouvée. Depuis cinq ans, la croissance des ventes de médicaments à l’hôpital est très supérieure à celle du produit intérieur brut (PIB), traduisant une dynamique nettement plus favorable sur ce marché que dans reste de l’économie française.



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