L’Anses met en garde contre les compléments alimentaires contenant de la berbérine

L’Anses met en garde contre les compléments alimentaires contenant de la berbérine


L’Agence de sécurité sanitaire estime que la sécurité d’emploi de ces compléments, qui agissent, à partir d’une certaine dose, comme un médicament, « ne peut être garantie ».

Par Publié le 25 novembre 2019 à 00h00

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Des baies d'épine-vinette. La berbérine est un alcaloïde présent dans plusieurs végétaux, dont les plantes de genre « berberis ». On la trouve dans les baies et les feuilles, mais surtout dans l’écorce et les racines.
Des baies d’épine-vinette. La berbérine est un alcaloïde présent dans plusieurs végétaux, dont les plantes de genre « berberis ». On la trouve dans les baies et les feuilles, mais surtout dans l’écorce et les racines. Michel Poinsignon / Biosphoto

« Les compléments alimentaires doivent rester un aliment et, en aucun cas, être utilisés comme un médicament. » Aymeric Dopter, de l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), insiste sur l’importance de ce message, alors que l’agence publie, lundi 25 novembre, un avis sur l’utilisation de plantes à base de berbérine dans les compléments alimentaires. A partir de 400 mg/jour chez l’adulte, selon l’Anses, ces produits présentent une activité pharmacologique avérée sur le système cardiovasculaire, nerveux, immunitaire ou sur le métabolisme. « Cela signifie que la berbérine agit comme un médicament et non plus comme un aliment, à cette dose », écrit l’agence dans un communiqué qui accompagne la sortie de cet avis et qui avertit : « La sécurité d’emploi de ces compléments alimentaires ne peut être, à ce jour, garantie. »

La berbérine est un alcaloïde, un ensemble de molécules d’origine végétale – à l’image de la théine ou la caféine –, qui se trouve dans l’écorce et les racines des plantes du genre berberis, l’épine-vinette par exemple, mais également d’autres végétaux, comme l’hydraste du Canada ou le coptide chinois. En médecine traditionnelle chinoise, elle est utilisée en traitement contre les infections gastro-intestinales. Mais en Europe, c’est surtout son action sur le taux de sucre dans le sang qui lui vaut un intérêt naissant, notamment pour réduire les glycémies et la cholestérolémie.

Interactions médicamenteuses

Depuis avril 2016, 229 produits à base de berbérine ont été déclarés en France auprès de la direction générale de la concurrence (DGCCRF), soit 0,6 % de l’ensemble des compléments alimentaires enregistrés sur la même période. Le marché reste anecdotique en France, mais c’est en constatant que des produits affichaient de fortes teneurs en berbérine, que la DGCCRF a saisi l’Anses en juin 2018, pour lui demander « de se prononcer sur les conditions les plus à même de garantir [leur] sécurité d’emploi ». Dans son ensemble, le secteur des compléments alimentaires affiche une nette progression : la dernière grande étude de l’Anses sur l’alimentation des Français, INCA 3, a montré que 29 % des adultes en consommaient en 2014-2015, en hausse de 50 % par rapport à la précédente étude menée en 2006-2007.

La berbérine présente des effets pharmacologiques importants, confirmés par la littérature scientifique pour des doses à partir de 400 mg/jour, mais l’Anses n’exclut pas que ces effets interviennent à des doses inférieures. Certains de ses effets, hypoglycémiant ou hypolipidémiant, peuvent être recherchés ; d’autres, être indésirables, comme la provocation de contractions utérines. L’Anses déconseille ainsi aux femmes enceintes et allaitantes, aux personnes diabétiques, ou souffrant de troubles hépatiques ou cardiaques, et aux enfants et adolescents, de consommer ces produits. L’Agence met également en garde contre les interactions médicamenteuses : « De nombreuses enzymes sont impactées par la berbérine, qui peut interférer notamment avec certains traitements anticancéreux, explique Aymeric Dopter, soit en potentialisant leurs effets secondaires, soit en inhibant les effets thérapeutiques, ce qui dans les deux cas, nuit à l’efficacité des traitements. »

Au niveau européen, la réglementation est très hétérogène. La Belgique et la Pologne ont fixé une doxe maximale à 10 mg par jour (une dose qui, selon l’avis de l’Agence, « ne trouve pas de justification scientifique »). D’autres pays, comme la Slovénie, la Suède ou la Grèce, interdisent l’usage de plantes à berbérine dans les compléments alimentaires. Seul point commun : aucune allégation de santé ne peut figurer sur ces produits, selon les règles européennes, ce qui n’empêche pas certains opérateurs d’afficher des mentions comme « maintien de la glycémie ».

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« Trop d’inconnues sur la qualité »

« On est face à un positionnement ambigu, à la frontière du soin, voire carrément dans le soin, s’inquiète Pierre Champy, professeur de pharmacognosie à l’université Paris-Saclay. Dans le cadre de plantes à berbérine, on ne peut pas se permettre d’avoir un dosage approximatif. Or, on ne sait pas toujours ce qu’il y a dans les produits. Certains extraits peuvent être partiellement purifiés, mélangés à d’autres poudres Il y a trop d’inconnues sur la qualité. »

« Notre rôle est physiologique, et non thérapeutique, se défend le Synadiet (Syndicat national des compléments alimentaires), qui assure que les produits se conforment aux obligations de sécurité et d’étiquetage. On est pour le bien-être, mais pas dans le soin. »

En février, l’Académie nationale de pharmacie avait dénoncé dans un rapport le flou réglementaire concernant les compléments alimentaires. Contrairement aux médicaments, qui font l’objet d’une évaluation scientifique de leurs bénéfices et des risques avant leur mise sur le marché, les compléments alimentaires doivent simplement être déclarés auprès de la DGCCRF. Facile d’accès – en pharmacie, grande surface, magasins bio, et de plus en plus, sur Internet –, la vente de compléments n’est pas toujours effectuée par des personnes formées : « Au nom de la santé publique, il faut rappeler que les plantes ne sont pas sans danger », écrivaient les académiciens. Les professionnels de santé rappellent qu’un mécanisme de nutrivigilance existe depuis 2009, permettant aux médecins et pharmaciens de signaler tout effet indésirable constaté après la prise d’un complément alimentaire.

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