Le Kenya veut profiter de l’engouement pour l’avocat

Le Kenya veut profiter de l’engouement pour l’avocat


Le précieux fruit, destiné à l’Europe et bientôt à la Chine, rémunère mieux les petits producteurs que le café. Mais la compétition s’accroît sur ce marché en plein essor.

Par Publié aujourd’hui à 11h44

Temps de Lecture 7 min.

Dans une plantation du comté de Murang’a.
Dans une plantation du comté de Murang’a. KEVIN MIDIGO / AFP

« Le matin, quand je viens ici et que je regarde ces arbres, je me dis que c’est de l’argent ! Il n’est pas encore dans ma poche, mais je peux déjà compter combien cela va faire », lâche, souriant, le vieux Mwaura Morisson, en scrutant ses avocatiers, dont certains portent déjà de minuscules embryons de fruits. Dans le comté de Murang’a, à deux heures de route de Nairobi, le petit producteur fait visiter son shamba, sa parcelle de terre. Une succession de restanques, plantées d’arbres au feuillage dense, qu’il traverse les mains dans les poches de son imper élimé.

Lire aussi Au Kenya, les petits producteurs de thé traversent une mauvaise passe

Les pluies d’octobre ont à peine commencé que déjà les bottes s’enfoncent dans le sol rouge et visqueux de cette région fertile, coincée entre la chaîne de montagnes Aberdare et le mont Kenya, un volcan éteint à la cime enneigée.

Originaire d’Amérique centrale, l’avocatier a été introduit par les colons anglais. Mais, jusque dans les années 1970, il n’est qu’un des arbres du shamba, dont on recueille de temps à autre les fruits pour la consommation familiale. L’heure est alors à la production de café, un emblème kényan dont « le comté de Murang’a était numéro 1 ! », se rappelle, quelques kilomètres plus loin, Thomas Njoroge, un comptable revenu à l’agriculture après sa retraite, en 1980. A l’époque, les prix du café ont commencé à baisser et des élus locaux – impliqués dans l’export – ont commencé à miser sur l’avocat. Thomas Njoroge a progressivement converti les plants de café légués par son père. D’abord en avocats fuerte, la variété alors majoritaire, puis en hass, qui dominent aujourd’hui le marché.

L’intérêt de l’avocat tient d’abord dans sa culture « facile »

L’intérêt de l’avocat tient d’abord dans sa culture « facile », vante l’homme de 62 ans, assis à l’ombre de sa maison, en bordure de la parcelle. « Si l’arbre est bien nourri, impossible de rater une récolte, les revenus sont garantis. J’ai juste à avoir les arbres, ensuite, je peux me relaxer et attendre », rit-il en plaquant les mains derrière sa tête et en étendant ses longues jambes. Les hauts plateaux kényans offrent de bonnes conditions climatiques à cette culture : une altitude élevée et donc une bonne température, deux saisons des pluies par an, un faible besoin d’irrigation et de fertilisants…

Les 20 arbres de Thomas Njoroge lui donnent chacun entre 500 et 2 000 kilos de fruits, que l’exportateur avec lequel il travaille, Fair Trade Limited, vient récupérer sur place. Il est payé comptant, au kilo, par l’intermédiaire de M-Pesa – le système kényan de paiement mobile. La rentabilité est bien meilleure qu’avec le café, qui demande beaucoup de soins et dont la cueillette est fastidieuse. « Vous gagnez très peu d’argent, poursuit-il. C’est 50 shillings (43 centimes d’euros) le kilo, mais, si vous déduisez vos dépenses, il ne vous reste que 10 shillings. L’avocat, lui, rapporte beaucoup plus : je gagne 50 shillings par kilo, et, après déduction des frais, il me reste 45 shillings. »



En Savoir Plus

Post Comment