« Le Miracle du saint inconnu », sacrée colline

« Le Miracle du saint inconnu », sacrée colline


Le premier long-métrage du jeune réalisateur marocain Alaa Eddine Aljem a recours à la fable pour évoquer un sujet délicat dans son pays : le poids de la croyance.

Par Clarisse Fabre Publié aujourd’hui à 15h00

Temps de Lecture 6 min.

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« Le Miracle du saint inconnu », d’Alaa Eddine Aljem.
« Le Miracle du saint inconnu », d’Alaa Eddine Aljem. LE MOINDRE GESTE / ALTAMAR FILMS

Semaine de la critique – Film d’ouverture

Une comédie burlesque, Le Miracle du saint inconnu d’Alaa Eddine Aljem, a ouvert, mercredi 15 mai, la compétition de la Semaine de la critique, section parallèle qui ne présente que des premiers et deuxièmes films. Dans ce premier long-métrage, le jeune réalisateur marocain a recours à la fable pour évoquer un sujet délicat dans son pays : le poids de la croyance, et non de la religion, précise-t-il.

Quelque part dans le désert au Maroc. Un voleur (Younes Bouab) sort de sa voiture au pied d’une colline, qu’il gravit afin d’y enterrer une sacoche remplie d’argent. Mais il se fait prendre par la police. Dix ans plus tard, sorti de prison, il retourne au lieu-dit pour déterrer son butin. Manque de chance, entre temps, un mausolée a été construit à l’emplacement de la cachette. Le voleur, qui n’a pas de prénom, décide de s’installer dans l’auberge toute proche afin de guetter le moment où il pourra récupérer son bien.

Mais le mausolée est surveillé comme le lait sur le feu par un gardien et son chien, qu’il chérit davantage que sa femme et son fils… Personne ne sait qui est le saint en question, mais cela n’a pas d’importance. Ce détail n’est pas une invention de scénario mais une réalité au Maroc, explique le cinéaste qui a pu y croiser ce type d’édifice : Alaa Eddine Aljem prend soin de préciser qu’il s’agit bien de « rire avec » les gens et non de se moquer d’eux.

Puissance esthétique et politique

Car la croyance et l’absurde sont partout : dans le village, un nouveau médecin vient de s’installer. Mais seules des femmes viennent consulter, évoquant toutes de vagues maux de tête… Au docteur dérouté, l’infirmier désabusé explique qu’aller voir le médecin est une sortie pour les femmes, comme le hammam. Le docteur n’a plus qu’à tendre une boîte de paracétamol et le boulot est fait : c’est d’ailleurs le seul médicament disponible dans l’armoire à pharmacie. Pour tromper l’ennui, l’infirmier et le médecin vont se mettre à faire des bêtises, tels des adolescents désœuvrés.

Le Miracle du saint inconnu monte en puissance au moment où le mausolée devient le lieu le plus convoité du village, pour des raisons qui appartiennent à chacun. Les multiples tentatives d’approche des uns et des autres, du voleur, de son associé « bras cassé », de l’infirmier, etc., font éclore les personnages et le comique des situations. Les plans très découpés évoquent une bande dessinée avec ses pieds nickelés, avec un arrière-plan plus subversif et engagé. Le film a beau être un peu répétitif, ses choix formels lui confèrent une certaine puissance esthétique et politique : image graphique, personnages archétypaux, humour décalé à la Kaurismäki, Le Miracle du saint inconnu est une belle découverte.



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