« Le Parti conservateur britannique semble au bord de l’implosion »

« Le Parti conservateur britannique semble au bord de l’implosion »


Pour la politiste Agnès Alexandre-Collier, la crise du Brexit, qui bouscule le bipartisme traditionnel outre-Manche, oblige les conservateurs au pouvoir à redéfinir le fonctionnement interne de leur parti pour survivre.

Propos recueillis par Jean-Hubert Grasset Publié aujourd’hui à 06h00

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vendredi 7 juin, un policier  devant la porte de la résidence officielle du Premier ministre britannique, 10 Downing Street, à Londres. Les législateurs sont sur le point de réduire le nombre de candidats au leadership des partis conservateur et Premier ministre lors d’une série de votes  à compter du lundi 17 juin 2019, les deux derniers noms étant soumis au vote des membres du parti conservateur à l’échelle nationale . Les six candidats au poste de Premier ministre, Theresa May, sont: Michael Gove, Jeremy Hunt, Sajid Javid, Boris Johnson, Dominic Raab et Rory Stewart.
vendredi 7 juin, un policier  devant la porte de la résidence officielle du Premier ministre britannique, 10 Downing Street, à Londres. Les législateurs sont sur le point de réduire le nombre de candidats au leadership des partis conservateur et Premier ministre lors d’une série de votes  à compter du lundi 17 juin 2019, les deux derniers noms étant soumis au vote des membres du parti conservateur à l’échelle nationale . Les six candidats au poste de Premier ministre, Theresa May, sont: Michael Gove, Jeremy Hunt, Sajid Javid, Boris Johnson, Dominic Raab et Rory Stewart. Matt Dunham / AP

Professeure de civilisation britannique à l’université de Bourgogne, la politiste Agnès Alexandre-Collier est membre pour deux années de la délégation du CNRS à la Maison française d’Oxford. Elle est spécialiste du conservatisme britannique et ses recherches portent sur les stratégies mises en place par les partis conservateurs pour contrer l’ascension des partis populistes. Elle est notamment l’auteure, avec Emmanuelle Avril, d’une synthèse sur Les Partis politiques en Grande-Bretagne (Armand Colin, 2013).

Theresa May, qui a annoncé le 24 mai qu’elle démissionnerait le 7 juin, reste à la tête du gouvernement jusqu’à la désignation de son successeur, d’ici à la fin juillet. Son échec à conclure un accord sur le Brexit explique-t-il la paralysie du Parti conservateur ?

Absolument. Aucune ligne cohérente ne semble se dégager, d’une position intransigeante au début jusqu’à la volonté de négocier avec l’opposition, qui s’est elle aussi soldée par un échec. Certains observateurs s’échinent certes à relever ses efforts pour faire évoluer les tories sur d’autres sujets, mais de telles mesures sont totalement occultées par le Brexit. La sortie de l’UE polarise aujourd’hui tous les clivages, et la diversité des courants idéologiques propre au Parti conservateur semble totalement atone. On le voit bien avec les candidats au poste de premier ministre : on ne sait pas grand-chose de ce qu’ils préconisent hors de la question du Brexit, et c’est d’ailleurs la seule chose qui intéresse les adhérents du parti. Alors même que les tories sont historiquement ce que l’on appelle un « broad church party » (une « Eglise large »), qui s’appuie et prospère sur le pluralisme idéologique sans que cela ne soit un problème.

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A cet égard, les positions et le style de Boris Johnson, principal candidat en lice, constituent-ils une nouveauté dans la tradition des tories ?

Boris Johnson est une énigme pour les observateurs européens, qui le décrivent comme une girouette idéologique qui serait à l’origine d’une « radicalisation » d’une frange des tories. Il est vrai que son image à l’étranger a été complètement brouillée par sa campagne pour le Brexit, mais il faut rappeler que beaucoup de Britanniques gardent d’abord de lui l’image du maire réformateur de Londres, biographe de Churchill, se positionnant plutôt du côté des progressistes au sein de son parti, les « mods », et essayant d’imposer une vision plus sociale du conservatisme. Il se définit lui-même comme un « one-nation tory », dans la tradition de Disraeli, tout en assumant la volonté de faire de sa ville une capitale multiculturelle et compétitive. Dès lors, il est difficile de le rattacher à un courant idéologique bien défini.



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