Le turn-over des infirmiers aux urgences, signe de services en détresse

Le turn-over des infirmiers aux urgences, signe de services en détresse


Dans les hôpitaux parisiens, les infirmiers ne restent en moyenne que trois ans dans les services d’urgence, selon des estimations. Une instabilité des équipes qui complique encore un peu plus le travail des soignants.

Par Publié aujourd’hui à 09h50, mis à jour à 09h57

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Des infirmières en pause dans un service de chirurgie de l’hopital de la Croix-Rousse, à Lyon, en 2017.
Des infirmières en pause dans un service de chirurgie de l’hopital de la Croix-Rousse, à Lyon, en 2017. JEFF PACHOUD / AFP

Ce sera la deuxième fois qu’elle arrête les urgences. Mais cette fois, pour de bon. Anne-Claire Rafflegeau rendra définitivement sa blouse d’ici à la fin de l’année et changera de métier, après six ans aux urgences du Kremlin-Bicêtre, au sud de Paris. « Je voulais être infirmière depuis l’âge de 15 ans mais là, je suis à bout. Physiquement, psychologiquement. J’ai 31 ans, je suis célibataire, je ne gagne pas hyper bien ma vie. J’ai fait mon temps aux urgences. »

Quand elle sort diplômée de son école d’infirmières il y a huit ans, son dernier stage la propulse aux urgences. Elle adore : « La proximité avec le patient, les différentes pathologies, l’adrénaline… on ne sait jamais ce qui va se passer ! » Mais déjà, les conditions de travail sont compliquées et, au bout de trois ans, Anne-Claire fait un « burn-out » à la suite d’une agression physique. « La direction ne m’a absolument pas accompagnée. J’étais dégoûtée. »

Lire : « A force d’être maltraités, on devient maltraitants » : les urgentistes en colère manifestent à Paris

La jeune soignante quitte alors son service pour rejoindre un établissement privé. Mais au bout de deux ans, l’envie de retrouver les urgences l’emporte : revenue comme infirmière de nuit au Kremlin-Bicêtre, elle ne reconnaît plus son service. 80 % de l’équipe qu’elle connaissait est partie, dit-elle. Depuis, face à la dégradation des conditions de travail, Anne-Claire Rafflegeau s’est mobilisée et fait aujourd’hui partie du collectif Inter-Urgences, qui a décidé lundi 17 juin de poursuivre le mouvement de grève.

« Nous sommes les pièces d’une machine qui nous broie »

S’il n’existe pas de statistiques officielles sur le turn-over des paramédicaux dans les services d’urgence ; de nombreux témoignages font état d’une forte instabilité des équipes. Selon l’estimation de Christophe Prudhomme, porte-parole de l’association des médecins urgentistes de France (AMUF), réalisée à partir de témoignages de cadres de santé, une infirmière reste en moyenne trois ans dans un service d’urgence parisien. Certes, « c’est plus stable dans les petits services de province, mais dans tous les grands hôpitaux, il y a une très forte rotation, assure M. Prudhomme. A l’hôpital Lariboisière, où les conditions sont particulièrement difficiles, la moitié du personnel est partie en un an ! »



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