Les Indiens Navajo en quête de solutions de développement

Les Indiens Navajo en quête de solutions de développement


La fermeture annoncée de la centrale à charbon va entraîner la perte de nombreux emplois et de millions de dollars pour la tribu à cheval entre Arizona, Utah et Nouveau-Mexique. Les jeunes reviennent créer des start-up, mais la bureaucratie est un frein majeur à l’innovation.

Par Publié aujourd’hui à 11h00

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La créatrice de bijoux Nanibaa Beck a installé les ateliers de sa marque Notabove dans l’espace de coworking, Change Labs, inauguré en mai 2019.
La créatrice de bijoux Nanibaa Beck a installé les ateliers de sa marque Notabove dans l’espace de coworking, Change Labs, inauguré en mai 2019. Change Labs

Une start-up dans un hogan. Ce soir de mai, à Tuba City (Arizona), Heather Fleming, une pionnière du design humanitaire à San Francisco, inaugure Change Labs, le premier espace de coworking de la réserve navajo. Le mobilier ne déparerait pas dans la Silicon Valley : chaises de bois clair, iPad dans les casiers, canapés. Mais l’open space a la forme hexagonale des anciennes maisons navajo, et le logo rappelle les peintures de sable des guérisseurs traditionnels.

Heather Fleming a grandi dans les années 1980 à la lisière du pays navajo, dans l’une de ces border towns, les « localités frontalières » de la réserve, qui prospèrent alors que les infrastructures manquent sur le territoire de la tribu amérindienne. Quand elle allait chez ses cousins, à quelques kilomètres, elle était frappée par la différence. Chez elle, l’eau courante. Chez ses grands-parents, il fallait aller au puits en camionnette. Maintenir le couvercle des bidons, au milieu des soubresauts du véhicule sur la piste. Encore aujourd’hui, près de 40 % des habitations n’ont pas l’eau courante dans une réserve qui couvre une étendue vaste comme l’Irlande, à cheval entre trois Etats (Arizona, Utah et Nouveau-Mexique).

Le père d’Heather dirigeait le service de santé indien ; sa mère a été la première de sa famille à « épouser un Blanc », raconte-t-elle. Elle a réussi à être admise à l’université californienne de Stanford. En dernière année, quand elle a proposé un projet sur l’eau en pays navajo, le sujet a été refusé. Le marché n’est pas assez vaste, a reproché un professeur. Qui n’a pas d’eau courante aux Etats-Unis ? L’étudiante avait buté sur la dictature du scaling, la « montée en puissance », sans laquelle il n’y a pas de success story dans la Silicon Valley.

« Fuite des cerveaux »

Heather Fleming s’est tournée vers l’Afrique. Elle a fondé Catapult Design, en 2008, à San Francisco, une start-up d’entrepreneuriat social, dont les projets de Design for Good ont été mis en œuvre dans dix-sept pays. Au Kenya, elle a compris que la terre rouge – et le sous-développement chronique – lui rappelait le pays navajo. Elle est revenue à Tuba City pour favoriser la création de petites entreprises. « La tribu ne jure que par les casinos ou le charbon. C’est sûr, cela représente beaucoup d’emplois. Mais cela ne fait rien pour empêcher la fuite des cerveaux », déplore-t-elle. La réserve ne compte, par exemple, qu’une seule agence bancaire.



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