« Les taux vont rester durablement bas »

« Les taux vont rester durablement bas »


L’ancien chef économiste du FMI redoute que la zone euro soit mal préparée pour affronter la prochaine récession.

Propos recueillis par Publié aujourd’hui à 10h54

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Olivier Blanchard, alors chef économiste du FMI, participe à la réunion de l’Institut de la finance internationale, à Paris, en 2013.
Olivier Blanchard, alors chef économiste du FMI, participe à la réunion de l’Institut de la finance internationale, à Paris, en 2013. ERIC PIERMONT / AFP

Ancien chef économiste du Fonds monétaire international, Olivier Blanchard appelle les Etats à sortir de l’obsession de la dette publique. Présent à Sintra (Portugal), au Forum de la Banque centrale européenne (17 au 19 juin), il souligne les marges de manœuvre que leur offrent les taux bas.

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Les pays membres viennent de s’entendre sur un projet de budget pour la zone euro. Est-ce une avancée majeure, comme l’estime Bruno Le Maire ?

Je n’ai pas encore eu le temps de me pencher sur les détails, mais c’est l’embryon de quelque chose. Certains soulignent que c’est un début, d’autres, que c’est un moyen de tuer tout projet plus ambitieux. D’une certaine façon, les deux sont vrais ! Je pense que mettre le pied dans la porte est en général positif. Il est plus facile d’avancer lorsqu’une institution existe que de partir de rien. Dans tous les cas, je suis favorable à la création d’un vrai budget commun.

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Alors que la croissance ralentit, vous appelez les gouvernements à réviser leur politique budgétaire à l’aune des taux bas. Que voulez-vous dire ?

Lorsque les taux d’emprunt sont bas, la dette publique s’accumule moins vite, son coût pour le budget et l’économie est plus faible. De plus, lorsque les taux sont bas, il devient difficile ou même impossible de les diminuer encore, si bien que la politique monétaire a des marges de manœuvre limitées. Dès lors, la politique budgétaire prend une importance majeure : elle est presque le seul levier susceptible d’augmenter la demande, et donc la production et l’emploi.

Bien sûr, il y a deux écoles. Certains estiment que les taux vont bientôt remonter, et qu’il ne faut donc rien changer. D’autres, comme moi, mais aussi les investisseurs dans les marchés financiers, pensent que les taux vont rester durablement bas. A mes yeux, il est donc crucial que les gouvernements ajustent leur politique budgétaire à ce nouveau contexte.

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Pourquoi pensez-vous qu’ils ne vont pas remonter ?

Car il s’agit d’une tendance de fond. Depuis le milieu des années 1980, les taux d’intérêt sans risque, à savoir ceux pour lesquels les titres sans risque trouvent preneurs dans les économies, ont chuté de près de 5 %, ajustés de l’inflation. Le mouvement s’est accéléré pendant la crise, et ils n’ont pas remonté depuis. Pourquoi ? Nous avons une série d’hypothèses – l’excès d’épargne, le manque d’investissement, l’aversion au risque –, mais hélas, aucune n’est complètement satisfaisante.



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