L’immigration au mérite, l’axe de la réforme voulue par Donald Trump

L’immigration au mérite, l’axe de la réforme voulue par Donald Trump


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Donald Trump a présenté, jeudi, son projet de refonte de la politique migratoire des États-Unis. Le président américain veut favoriser la main d’œuvre qualifiée et baisser drastiquement le regroupement familial.

Donald Trump veut en faire le socle de sa campagne pour sa réélection en 2020. Le président américain a exposé, jeudi 16 mai, son projet de refonte de la politique migratoire des États-Unis. Pensée en grande partie par son conseiller politique Stephen Miller et son gendre Jared Kushner, la réforme prévoit un renforcement de la sécurité aux frontières et un système favorisant la main d’œuvre qualifiée.

“Notre plan va transformer le système américain de l’immigration en fierté pour la nation et sera admiré du monde entier”, a dit Donald Trump en dévoilant son projet de réformes à la Maison Blanche.

Les détails seront dévoilés dans un “très large document”, publié dans les semaines à venir. Ce dossier doit servir de “base de discussion” pour un projet de loi qui sera présenté au Sénat et à la Chambre des représentants et dont l’administration espère tirer un accord bipartisan entre démocrates et Républicains.

Les précisions de notre correspondant à Washington, Matthieu Mabin

• Une immigration au mérite

Le projet de Donald Trump ne prévoit pas une réduction drastique du niveau d’immigration. Au contraire, il parie sur un niveau constant, avec 1,1 million d’arrivées par an.

Aujourd’hui, 12 % des récipiendaires de la “green card” (la carte de résident permanent) entrent en raison de leurs qualifications, deux tiers le font en raison d’un rapprochement familial avec des personnes vivant déjà aux États-Unis. Le projet de refonte a pour objectif d’inverser cette tendance.

La priorité serait donnée aux immigrés qualifiés, parlant anglais, et qui disposent d’une offre d’emploi aux États-Unis. Selon les hauts fonctionnaires ayant présenté le projet, de telles mesures permettraient de doubler le salaire moyen des immigrants : de 43 000 dollars à 96 000 dollars.

Jared Kushner et les autres conseillers du président républicain ont étudié les politiques migratoires de pays comme le Canada, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande pour y trouver des éléments sur la manière d’orienter l’immigration vers les travailleurs qualifiés et non plus le rapprochement familial. Ils ont établi que seulement 12 % de l’immigration aux États-Unis était fondée sur l’emploi et les qualifications, contre 63 % au Canada, 52 % au Japon, 57 % en Nouvelle-Zélande et 68 % en Australie.

“Le plus grand changement que nous allons faire, c’est faire passer la proportion de l’immigration hautement qualifiée de 12 % à 57 %, et nous voulons même voir si nous pouvons aller plus haut”, a dit Donald Trump. “Cela nous rendra plus compétitifs.”

Le président américain veut en outre proposer de supprimer la “loterie” qui offre une chance à des candidats à l’immigration d’obtenir une carte de résident permanent grâce à un tirage au sort. Un système qu’il a à de multiples reprises dénoncé depuis le début de son mandat.

• Un renforcement de la frontière Sud

Fidèle à sa promesse-phare de campagne, Donald Trump prévoit d’assortir cette réforme de la politique d’immigration d’un renforcement des contrôles aux frontières et notamment la construction de nouvelles sections du mur frontalier au sud des États-Unis.

Selon le New York Times, l’administration prévoit d’établir des nouvelles “barrières physiques” à 33 endroits-clés, identifiés par les autorités comme des lieux de passages utilisés par les trafiquants de drogues ainsi que les passeurs.

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Si les représentants du gouvernement ne sont pas entrés dans les détails, la réforme devrait également permettre également de lutter contre l’afflux massif d’immigrants à la frontière Sud. Parmi les mesures évoquées : la restriction de l’accès à la demande d’asile, le renforcement des pouvoirs des autorités sur le terrain et la possibilité de garder les familles en détention pour de plus longues périodes. Le plan prévoit aussi une modernisation des postes de douanes afin d’accélérer les flux commerciaux tout en renforçant la lutte contre les trafics.

• Les sans-papiers et les “Dreamers”, l’angle mort du projet

La réforme n’évoque pas pour le moment le sort des 11 millions sans-papiers qui vivent sur le territoire américain, selon les dernières estimations du Pew Research Center. Le sort des “Dreamers” – des migrants arrivés illégalement aux États-Unis avec leurs parents alors qu’ils étaient mineurs – n’est pas non plus évoqué.

Barack Obama avait créé en 2012, le dispositif Deferred Action for Childhood Arrival (DACA) pour autoriser ces 1,8 million de jeunes gens à vivre et étudier aux États-Unis sans toutefois leur permettre d’acquérir la citoyenneté américaine. Cependant, Donald Trump a signé un décret en septembre 2017 pour mettre fin à ce programme qui, selon lui, encourage les gens à entrer illégalement. Ce décret est pour le moment suspendu en raison de décisions de tribunaux.

Le statut des Dreamers est une ligne rouge pour les démocrates. D’ailleurs leur chef de file au Sénat, Chuck Schumer, a d’ores et déjà averti : pour parvenir à un consensus bipartisan, toute réforme de l’immigration devra forcément inclure un accord sur le sujet, selon The Hill.

• Le projet peut-il aboutir ?

Outre les réserves concernant l’absence de solution politique pour les Dreamers, Chuck Schumer a souligné que la Maison Blanche n’avait “même pas pris la peine de parler aux Démocrates”, selon des propos rapportés par le Washington Post. Un accord bipartisan sur le sujet lui semble donc inenvisageable.

Au sein même des Républicains, certains peinent à croire que ce document puisse se transformer en loi. “Il n’est pas fait pour”, a expliqué la sénatrice républicaine Lindsey O. Graham, une proche de Donald Trump, lors d’une conférence de presse mercredi.

Selon plusieurs sources interrogées par le Washington Post, les sénateurs républicains voient ce plan davantage comme un “document politique” plus qu’une loi. Celui-ci doit permettre d’unifier le parti sur la question migratoire en vue des élections de 2020 en présentant une position conciliante et raisonnée, alors que les démocrates souhaitent diaboliser Donald Trump sur le sujet.

Avec Reuters



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