Macron met la pression pour trouver 14 milliards

Macron met la pression pour trouver 14 milliards



« On n’y est pas. » Emmanuel Macron a mis la pression sur plusieurs gouvernements, jeudi 10 octobre, pour réunir 14 milliards de dollars (12,7 milliards d’euros) nécessaires à la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, en annonçant une hausse de 15 % de la contribution française.

« Dans les trois heures qui viennent, on doit atteindre les 14 milliards. Donc, vous l’aurez compris la pression va être maximale », a lancé le président français à la tribune de la conférence de refinancement du Fonds mondial de lutte contre ces maladies infectieuses, qui rassemble 700 participants depuis mercredi à Lyon, et où est présent notre journaliste :

« Je ne laisserai personne sortir de cette pièce ou quitter Lyon tant que les 14 milliards n’auront pas été obtenus. Et donc tout à l’heure nous les aurons », a ajouté le chef de l’Etat en sonnant la mobilisation générale des contributeurs avant la clôture de la conférence, jeudi.

Il a tout particulièrement sollicité à la tribune le Japon, la Norvège et l’Australie, ainsi que les Emirats arabes unis, le Qatar et l’Arabie saoudite, qu’il a appelé à se « réconcilier » diplomatiquement autour d’un effort financier commun en faveur du Fonds mondial.

L’objectif de ce dernier, créé en 2002, est de réunir 14 milliards pour les trois ans à venir, avec l’ambition d’éradiquer ces trois pandémies infectieuses à l’horizon 2030.

Pour atteindre cette somme, contre 12,2 milliards de dollars lors de la dernière conférence, un effort sensible était demandé aux pays les plus riches. Après les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne ou le Canada, la France, historiquement le deuxième contributeur, a annoncé par la voix de M. Macron une hausse de 15 % de sa contribution.

Celle-ci, stable à 1,08 milliard d’euros depuis 2010, devrait donc augmenter de 162 millions d’euros, soit 177,8 millions de dollars au taux de change actuel.

« Il fait le minimum syndical »

De quoi décevoir les organisations non gouvernementales (ONG). Un collectif de 12 associations de la société civile, dont Aides, Oxfam, Solidarité sida ou Sidaction, avait en effet réclamé une hausse d’« au moins 25 % » pour la France, soit 270 millions.

« La pression que le président a mise sur les autres pays, c’est excellent », approuve Florence Thune, directrice générale de Sidaction. « Mais avec une hausse de 15 %, il fait le minimum syndical. On sait qu’il peut faire plus et on espère qu’il va le faire pour entraîner les autres en tant que pays hôte », a-t-elle déclaré. Le total des sommes collectées doit être communiqué à la mi-journée.

« La France n’a aucun mérite d’accueillir cette conférence à Lyon, car personne n’en voulait (…) Dans beaucoup de pays qui donnaient historiquement, la morsure est moins présente. Il y avait le risque d’un relâchement », a souligné M. Macron en entamant son discours. « Les trois à cinq années qui viennent vont décider si nous gagnons ou pas. Si nous ne gagnons pas ces batailles, nous pouvons tout perdre », a-t-il ajouté.

Depuis la création du Fonds, « un travail extraordinaire a été fait » avec « 32 millions de vies sauvées », ce qui « est énorme », avait souligné mercredi soir le président devant les participants à un dîner officiel à l’hôtel de ville de Lyon.

Mais « nous n’avons pas le droit de ne pas avancer plus », au risque de voir les trois grandes pandémies repartir à la hausse, avait-il ajouté face à sept présidents africains, des diplomates et des scientifiques.

« Notre vie a de la valeur, vous ne devez jamais l’oublier », a lancé jeudi à la tribune Amanda Dushime, 18 ans, une Burundaise née avec le VIH (virus de l’immunodéficience aquise). Cette ambassadrice du réseau Grandir ensemble (soutenu par l’ONG Sidaction) s’exprimait aux côtés de M. Macron avant qu’il ne prenne la parole.

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Trois millions de morts par an

Actuellement, les trois maladies tuent trois millions de personnes par an, dont 1,6 million pour la tuberculose en 2017 et plus de 435 000 pour le paludisme. En 2018, près de 38 millions de personnes vivaient avec le VIH, et le nombre d’infections, de l’ordre de 1,7 million, « reste inacceptable », selon le Fonds.

Dans les pays où il investit, le Fonds précise que 18,9 millions de personnes étaient sous traitement antirétroviral contre le VIH en 2018 et que 5,3 millions étaient testées et traitées pour une tuberculose, 131 millions de moustiquaires ayant par ailleurs été distribuées pour protéger les familles du paludisme.

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Le Fonds est aussi financé par des donateurs privés. M. Macron a salué la contribution du milliardaire américain Bill Gates, le premier d’entre eux qui a relevé de 600 millions à 700 millions de dollars l’apport de sa fondation pour les trois prochaines années, ainsi que l’engagement du chanteur Bono. Tous deux sont présents à Lyon.





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