Mati Diop présente « Atlantique » en compétition

Mati Diop présente « Atlantique » en compétition


Le premier long-métrage de la réalisatrice franco-sénégalaise, récit politique d’une adolescence africaine qu’elle n’a pas vécue, est en lice pour la Palme d’or.

Par Thomas Sotinel Publié hier à 18h00, mis à jour à 14h51

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La réalisatrice franco-sénégalaise Mati Diop, en octobre 2018.
La réalisatrice franco-sénégalaise Mati Diop, en octobre 2018. HUMA ROSENTALSKI

La dernière étape du chemin qui mène Mati Diop à Cannes passe par Bruxelles. Dans un studio de Saint-Gilles, la réalisatrice mixe le son d’Atlantique, son premier long-métrage, tourné à Thiaroye, à la périphérie de Dakar, qui sera présenté huit jours plus tard, en compétition, au Festival.

Cette sélection fait de l’aboutissement d’un parcours très intime, commencé il y a dix ans, lorsque Mati Diop est arrivée à Dakar, une caméra dans ses ­bagages, une arrivée en fanfare. Pour la jeune réalisatrice – née à Paris en 1982 –, Atlantique est à la fois « le récit de l’adolescence africaine qu’[elle n’a] pas eue » et un film historique, une histoire de fantôme et une fable politique. On y voit des jeunes gens épuisés par la misère qui prennent la mer, des jeunes filles qui cherchent, au pays, des moyens pour faire mieux que survivre.

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Rencontre avec Claire Denis

Avant Atlantique, le long-métrage de fiction, il y a eu Atlantiques, le court-métrage documentaire qu’elle a tourné à son retour au Sénégal.

« Pendant très longtemps, adolescente, jeune adulte, je n’y suis pas allée, se souvient-elle. J’ai passé une période de ma vie éloignée de mes origines africaines. Pas par choix mais à ­travers la musique [rock] que j’écoutais, mon environnement [de lycéenne parisienne], je vivais dans un monde très blanc. » Elle est sortie de cette « tragi-comédie » – dont elle aimerait faire un jour un film – grâce à sa rencontre avec Claire Denis, qui lui a ­confié le rôle de la fille d’Alex ­Descas dans 35 rhums, en 2008.

Mati Diop admirait la réalisatrice, auteure des « seuls films français dans lesquels [elle se] reconnaissai[t] », mais elle se souvient avec un amusement légèrement embarrassé avoir été « un peu déçue, parce que j’avais plus envie de jouer dans un film comme Trouble Everyday [film d’horreur qui fit scandale à Cannes en 2001], qu’elle me filme avec Vincent Gallo plutôt qu’avec Alex Descas dans cette histoire domestique ».

Elle poursuit : « J’avais entendu dire que Claire Denis avait choisi avant moi une autre jeune fille qui avait refusé de se laisser filmer avec les cheveux au naturel. J’ai entendu cette anecdote un peu par hasard, ça m’a mise dans un état… Je m’étais dit que j’allais me montrer au monde avec mes ­cheveux bouclés… Quand j’y repense, je trouve ça incroyable. Dix ans plus tard, je suis tellement fière d’avoir joué dans ce film, ce que je pense est exactement l’inverse des réticences que j’ai eues à l’époque. »



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