Ouverture en Algérie du premier procès d’ex-dirigeants accusés de corruption

Ouverture en Algérie du premier procès d’ex-dirigeants accusés de corruption



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Le premier procès d’ex-dirigeants et hommes d’affaires incarcérés pour corruption en Algérie, ajournée lundi, s’ouvre mercredi. Mais la défense a d’ores et déjà annoncé qu’elle boycotterait sa réouverture car elle estime que les “conditions d’un procès équitable ne sont pas réunies”.

Le procès pour corruption de deux anciens Premiers ministres algériens, aux côtés d’autres ex-hauts dirigeants politiques et de grands patrons du secteur automobile s’ouvre mercredi 4 décembre. Ajourné dès son ouverture lundi à Alger, la défense a annoncé qu’elle boycotterait sa réouverture.

Car les “conditions d’un procès équitable ne sont pas réunies”, a annoncé, au nom de ses confrères, le bâtonnier d’Alger, Me Abdelmajid Sellini, qui défend également l’un des accusés, dénonçant une justice “politisée” et un climat de “règlement de comptes”.

“C’est une parodie de justice”

Lundi, une foule extrêmement nombreuse était massée dès les premières heures de la matinée devant le tribunal de Sidi M’hamed, dans le centre d’Alger, et l’ouverture des portes a donné lieu à une bousculade, a constaté une journaliste de l’AFP, qui comme d’autres journalistes et surtout plusieurs avocats de la défense, n’a pu entrer dans la salle d’audience. “C’est une parodie de justice”, a déclaré à l’AFP, Me Hakim Saheb, avocat d’un cadre du groupe ETRHB, “un procès doit se tenir dans le calme et la sérénité”.

Ce procès est le premier consécutif aux vastes enquêtes sur des faits présumés de corruption, déclenchées après la démission, en avril, d’Abdelaziz Bouteflika, poussé au départ par un mouvement (“Hirak”) populaire de contestation du régime inédit, après 20 ans à la tête de l’État.

Le tribunal devait examiner lundi des affaires concernant “l’octroi d’indus avantages aux opérateurs de montage automobile”, selon le ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati, qui avait indiqué que le procès serait public, mais pas retransmis à la télévision.

D’autres affaires, qui doivent être jugées ultérieurement, concernent notamment des passations de marchés publics et le financement de campagnes électorales d’Abdelaziz Bouteflika. Cette campagne anticorruption est soupçonnée de servir opportunément les luttes entre clans au sein du pouvoir post-Bouteflika.

Pas de “jugement équitable”

“Dans les conditions actuelles de règlements de comptes et de vengeance, il ne peut y avoir un jugement équitable”, a déclaré Me Sellini à la presse. “Nous n’acceptons pas que les droits fondamentaux soient piétinés” ou que la justice “soit politisée et rendue dépendante des délais électoraux”, a-t-il poursuivi, à dix jours d’une présidentielle rejetée par les manifestants.

“La justice ne peut être rendue dans de telles conditions”, a ajouté le bâtonnier, “celui qui a commis un acte répréhensible doit payer, mais devant une justice calme et sereine.”
Tous en détention provisoire depuis plusieurs mois, les accusés jugés lundi sont arrivés dans des fourgons cellulaires, encadrés par une forte escorte policière, et en ont été extraits loin des regards et des caméras.

Parmi eux, figuraient notamment deux proches et anciens Premiers ministres sous Bouteflika : Ahmed Ouyahia, quatre fois chef du gouvernement entre 1995 et 2019, dont trois fois durant la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, et Abdelmalek Sellal qui dirigea le gouvernement de 2014 à 2017, selon Me Bourayou.

Historique

C’est la première fois depuis l’indépendance de l’Algérie, en 1962, que sont jugés d’anciens chefs de gouvernement. Deux anciens ministres de l’Industrie d’Abdelaziz Bouteflika, Mahdjoub Bedda (2017) et son successeur Youcef Yousfi (2017-2019) comparaissaient également lundi.

Au côté d’Ali Haddad – dont une filiale du groupe distribue en Algérie les poids lourds Astra (filiale de la marque italienne Iveco) –, plusieurs autres hommes d’affaires sont apparus dans le box, selon Me Bourayou.

Entre autres, l’ancien vice-président du FCE Mohamed Bairi, PDG du groupe Ival possédant l’usine de montage algérienne de véhicules industriels Iveco, et Ahmed Mazouz, président du groupe éponyme qui assemble et distribue en Algérie des véhicules de marques chinoises.

La jeune industrie automobile algérienne a été mise sur pied à partir de 2014, via des partenariats entre marques étrangères et grands groupes algériens, souvent propriétés d’hommes d’affaires liés à l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika.

Malgré un cahier des charges loin d’être respecté par les industriels, le secteur a bénéficié d’aides publiques et d’importants avantages fiscaux, sans jamais atteindre son double objectif : réduire la facture des importations de l’Algérie et le prix des véhicules sur le marché local.

Avec AFP



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