« Pascoa et ses deux maris », le retour à la vie d’une esclave angolaise

« Pascoa et ses deux maris », le retour à la vie d’une esclave angolaise


Dans une brillante démonstration des vertus de la micro-histoire dans l’approche de l’esclavage, Charlotte de Castelnau-L’Estoile raconte le parcours d’une captive condamnée à l’exil pour s’être mariée deux fois.

Par Florent Georgesco Publié hier à 18h30, mis à jour à 15h01

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Une famille d’esclaves de Luanda, Angola, au XVIIIe siècle.
Une famille d’esclaves de Luanda, Angola, au XVIIIe siècle. Hulton Archive/Getty Images

« Pascoa et ses deux maris. Une esclave entre Angola, Brésil et Portugal au XVIIe siècle », de Charlotte de Castelnau-L’Estoile, PUF, 304 p., 19 €.

Si Luis Alvares Tavora, en 1693, n’avait pas rendu visite à son cousin Francisco, notaire à Salvador de Bahia, au Brésil, nous ne saurions rien de Pascoa Vieira. Mais le hasard veut qu’arrivant dans sa maison il ait tout de suite reconnu l’esclave africaine, rencontrée sept ans plus tôt en Angola. Il s’est même si bien souvenu d’elle qu’il révèle bientôt à Francisco un fait capital : elle était, alors, mariée à un certain Aleixo.

Or, il y a cinq ans, peu après son arrivée au Brésil, elle a épousé un autre homme, Pedro. Aleixo étant, aux dernières nouvelles, toujours en vie, Pascoa peut être accusée de bigamie, circonstance qui va la conduire jusqu’à Lisbonne et aux cachots de l’Inquisition portugaise. Et, par un autre hasard, la projeter dans nos mémoires.

Les vertus de la micro-histoire

Car ce second hasard est celui qui permet aujourd’hui à Charlotte de Castelnau-L’Estoile de raconter, dans Pascoa et ses deux maris, brillante démonstration des vertus de la micro-histoire dans l’approche de l’esclavage, la vie de cette Angolaise d’autrefois. L’historienne menait une recherche sur le mariage des esclaves quand, dans les archives de l’Inquisition, elle est tombée sur le dossier de ce procès peut-être banal mais, précisément, emblématique. Surtout, il avait l’avantage de contenir une enquête longue – sept ans –, détaillée et transcontinentale, puisqu’elle a été menée au Brésil et en Angola, avant d’aboutir au Portugal – itinéraire qui correspond au triangle dans lequel s’inscrit la traite portugaise des esclaves, alors en plein essor.

Voilà le tableau. Mais voici que s’avance celle qui passe tout à coup de l’arrière-plan au centre : Pascoa, 40 ans l’année de son arrestation, « grands yeux, pas très grande, bien en chair », d’après la description d’un témoin. Une belle femme selon les canons du temps, qui retient l’attention. D’autant que, comme l’enquête va en multiplier les signes, et comme sa pugnacité face au tribunal le confirmera, Pascoa a de la vivacité, du caractère, une intelligence aiguë. La figure réveillée au secret des archives, miracle historiographique, s’anime, reprend ses couleurs de vivante.

« Agitée et fugitive »

Mais, pour l’heure, l’Inquisition veut savoir quelle a été sa vie. Que cherche-t-elle ? La vie sentimentale et sexuelle de Pascoa paraît avoir été mouvementée. En Angola, on explique aux enquêteurs que son maître s’est débarrassé d’elle, l’envoyant au Brésil, en 1687, « parce qu’elle était agitée et fugitive et qu’elle laissait son mari pour d’autres hommes ». Elle-même, à son procès, dira qu’elle a eu, en arrivant à Salvador de Bahia, une « relation illicite » avec le fils de Luis Alvarez Tavora, son nouveau maître.



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