Rentrée parlementaire sous haute surveillance au Bénin

Rentrée parlementaire sous haute surveillance au Bénin


L’élection du 28 avril, sans opposition et suivie de violences meurtrières, montre à quel point le président Talon a réduit les contre-pouvoirs dans ce pays précurseur de la démocratie en Afrique.

Par Christophe Châtelot Publié aujourd’hui à 11h46

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L’Assemblée nationale du Bénin sous bonne garde, à Porto Novo, le 16 mai.
L’Assemblée nationale du Bénin sous bonne garde, à Porto Novo, le 16 mai. PROSPER DAGNITCHE / AFP

La fête, qui aurait dû être si belle, avait pour eux un arrière-goût amer – eux ces quarante nouveaux députés qui siégeaient, jeudi 16 mai, pour la première fois au Parlement du Bénin, dans leurs plus beaux habits, l’écharpe en bandoulière.

Il ne s’agissait là que d’une prérentrée, technique, entre soi, dans la capitale administrative Porto Novo. Mais dans un pays précurseur de la démocratie en Afrique au début des années 1990, c’est un jour qui compte dans une vie. Sauf que la présence, inédite en la circonstance, de centaines de policiers harnachés, de paracommandos ou autres bérets verts de la garde présidentielle, positionnés jusqu’à l’entrée de la chambre, leur rappelait qu’ils ont été élus, le 28 avril, à l’issue d’un scrutin anormal, sans l’opposition et suivi de violences meurtrières. Une première depuis 1991.

Au moins, la journée fut calme à Porto Novo, comme dans la capitale économique Cotonou. Ce ne fut pas le cas les 1er et 2 mai, lorsque la rumeur de l’arrestation à son domicile de l’ancien président Boni Yayi (2006-2016), engagé personnellement dans une lutte sans merci avec son successeur Patrice Talon, avait échauffé les partisans du premier. Ce à quoi des membres des forces de sécurité avaient répondu sans discernement en tirant dans la foule.

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Amnesty International a dénoncé, mardi, « la répression [qui] a atteint des proportions inquiétantes au Bénin où quatre personnes ont été tuées lors des manifestations post-électorales ». Selon des sources humanitaires, le bilan est probablement plus lourd. Une cinquantaine d’autres ont également été arrêtées à Cotonou, selon une source judiciaire. Jeudi, face au déploiement sécuritaire et sous le choc de ces violences inhabituelles en ces lieux, les opposants sont donc restés chez eux, ont joué l’indifférence en vaquant à leurs occupations ou sont allés prier à la mémoire des victimes. Ce fut le cas à l’église Bon-Pasteur de Cotonou, placée sous bonne garde policière.

« Pas un jour de joie »

Car la crise est loin d’être soldée. Jeudi, le doyen des parlementaires, élu sur l’une des deux seules listes du pouvoir autorisées à concourir, a reconnu dans son discours que le Bénin a bravé « des moments de peur et d’inquiétude » tout en plaidant « pour le dialogue et l’apaisement ». Mais comment concilier les deux camps ?

Avant le scrutin contesté et malgré les approches diplomatiques internationales – Nigeria, ONU, Union africaine, Cédéao (l’organisation sous-régionale) –, le pouvoir est resté figé sur une interprétation stricte d’une nouvelle loi sur les partis politiques. Officiellement destinée à faire le ménage dans une pléthore de partis clientélistes, celle-ci a éliminé de facto l’opposition et ouvert la voie à un Parlement presque monocolore acquis au chef de l’Etat. « Ce n’est pas un jour de joie », concède Jean-Michel Abimbola, le chef du Bloc républicain du président Talon.



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