Trudeau annonce l’agrandissement d’un oléoduc controversé

Trudeau annonce l’agrandissement d’un oléoduc controversé


Cette décision était souhaitée par l’industrie pétrolière, mais décriée par les écologistes. Les procédures d’expansion devraient commencer dès cet été.

Par Publié aujourd’hui à 03h02, mis à jour à 05h53

Temps de Lecture 2 min.

Des opposants à l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain brandissent un mannequin à l’effigie du premier ministre Justin Trudeau, à Vancouver, le 9 juin.
Des opposants à l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain brandissent un mannequin à l’effigie du premier ministre Justin Trudeau, à Vancouver, le 9 juin. Darryl Dyck / AP

Le gouvernement de Justin Trudeau a donné, mardi 18 juin, son feu vert à la relance des travaux d’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain (TMX) vers la côte Ouest canadienne. Avant même la décision, un tiers des matériaux nécessaires à la construction du méga-projet avait déjà été déchargé sur son trajet, preuve qu’il ne faisait guère de doute qu’Ottawa allait donner son accord.

M. Trudeau souhaite que la construction débute d’ici aux élections législatives du 21 octobre. Pour le premier ministre, il s’agit d’améliorer son image dans l’Ouest canadien, où le leader conservateur Andrew Scheer a la faveur des électeurs. Les travaux doivent durer trois ans pour un coût de 7,4 milliards de dollars canadiens (5 milliards d’euros).

L’ambition est de tripler la capacité d’un vieil oléoduc transportant sur 1 150 kilomètres 300 000 barils par jour de pétrole issu des sables bitumineux d’Edmonton (Alberta) à Burnaby, en banlieue de Vancouver (Colombie-Britannique). La hausse entraînera aussi celle des émissions de gaz à effet de serre.

Qualifiant le Canada de « vulnérable » du fait que 99 % de ses exportations de pétrole et de gaz sont destinées aux Etats-Unis, M. Trudeau a rappelé que ces ressources y étaient vendues au rabais et qu’il était crucial de diversifier les débouchés, notamment en Asie.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le Canada plus que jamais en quête de débouchés pétroliers et gaziers

« Hypocrisie »

La décision survient au lendemain du vote, à l’initiative du gouvernement canadien, d’une motion législative proclamant l’« urgence climatique nationale ».

Mais M. Trudeau a estimé mardi qu’il fallait « tirer profit de ce que l’on a », c’est-à-dire des ressources naturelles, pour « bâtir une énergie plus verte ». Et il a annoncé que les 500 millions de dollars canadiens par an générés par les ventes de TMX seraient investis dans « la transition écologique du Canada ».

Patrick McCully, directeur de programme au Rainforest Action Network, dénonce cette « hypocrisie » : « C’est comme déclarer la guerre au cancer et ensuite faire la promotion du tabac. » A la fondation pour la nature David-Suzuky, on estime que « la capacité du Canada à répondre à la crise climatique » est remise en cause.

Applaudie par le lobby pétrolier et le gouvernement conservateur d’Alberta, la décision de M. Trudeau ravive l’opposition au projet chez les écologistes, en Colombie-Britannique et au sein des autochtones des Premières Nations, qui demeurent néanmoins divisées.

Le projet a déjà connu des revers judiciaires en 2016, puis, après la nationalisation de TMX en 2018. Ottawa avait alors payé 4,5 millions de dollars canadiens (près de 3 milliards d’euros) à l’américain Kinder-Morgan.

Risques d’accidents

Le gouvernement de Colombie-Britannique a promis de poursuivre la bataille. Le projet va en effet à l’encontre de son plan climatique et il craint qu’une hausse du trafic maritime n’accroisse les risques d’accidents.

Avec des groupes autochtones et écologistes, il a obtenu, en août 2018, de la Cour fédérale d’appel que l’Office national de l’énergie (ONE) refasse son évaluation environnementale, mesure les impacts du projet et reprenne les consultations avec les communautés se trouvant sur le tracé de l’oléoduc.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les oléoducs, ultime combat des Amérindiens

L’ONE a obtempéré et formulé, en février, des recommandations pour atténuer les risques liés au transport maritime, aux déversements, à une hausse des émissions des gaz à effet de serre et au risque en termes de biodiversité, notamment pour les mammifères marins.

Ottawa a de son coté lancé des consultations intensives avec les communautés autochtones concernées par le projet. M. Trudeau souhaite qu’elles en « tirent profit » et voudrait leur céder une part des revenus à venir ou du capital de TMX.

Réagissez ou consultez l’ensemble des contributions



En Savoir Plus

Post Comment