un Euro à domicile sans filet pour les Bleus

un Euro à domicile sans filet pour les Bleus


Le réceptionneur-attaquant Earvin Ngapeth, ici face au Brésil lors de la Ligue mondiale en 2016, sera absent pour les premiers matchs des Bleus à l’Euro.
Le réceptionneur-attaquant Earvin Ngapeth, ici face au Brésil lors de la Ligue mondiale en 2016, sera absent pour les premiers matchs des Bleus à l’Euro. ALIK KEPLICZ / AP

Sur toutes les affiches de l’Euro, il s’envole. Pourtant, Earvin Ngapeth va rester au sol à l’entame du championnat d’Europe masculin de volley, organisé en France du 12 au 29 septembre. Victime d’une petite lésion musculaire au niveau des côtes et d’un œdème, le réceptionneur-attaquant star des tricolores va manquer entre trois et cinq matchs, dont celui d’ouverture, jeudi, contre la Roumanie (20 h 45 à Montpellier).

Sans sa star, toute la discipline va se crisper et redouter encore plus cet Euro à domicile. Car la France n’avait plus accueilli sur son sol une compétition internationale de volley depuis 1986. Un Mondial, en l’occurrence, qui n’avait pas été couronné de succès : encore amateurs à cette époque, les joueurs tricolores s’étaient préparés façon commando, mais ils étaient passés à côté, finissant 6e et laissant filer une chance de reconnaissance pour leur sport.

« Il y avait un engouement derrière nous et on pensait que cela nous emmènerait tranquillement en demi-finales, se souvient Laurent Tillie, l’actuel entraîneur des Bleus, qui était joueur à l’époque. Quand on a perdu, le public, les médias, c’était fini. Ça nous a sortis de notre bulle d’un coup : le sport est un monde cruel. »

L’enjeu et les risques sont aujourd’hui les mêmes : si les Bleus gagnent, ils seront couverts de lauriers ; s’ils n’atteignent pas le dernier carré, le volley retombera dans les méandres de l’inconnu pour de nombreuses années. « Pour nous, cet Euro est plus exceptionnel encore que les Jeux olympiques, car on ne fait un truc chez nous qu’une fois tous les trente ans, expose Laurent Tillie. Il donne du sens à tous les sacrifices qu’on a faits. C’est important pour le volley. Dès que l’on organise une compétition, il y a beaucoup plus d’intérêt et donc plus de visibilité. C’est une façon de promouvoir notre sport. »

« L’impression de porter sur nos épaules tout le destin du volley »

« Dans une compétition à domicile, un très bon résultat enclenche quelque chose, relève Antoine Brizard, un des passeurs du groupe. On a envie de bien faire devant notre public. On sait qu’en France, quand on gagne un match, on est les meilleurs du monde, mais quand on perd, on est des merdes. On a hâte de commencer, mais on a aussi l’impression de porter sur nos épaules tout le destin du volley en France. »

Briller dans cet Euro permettrait de se refaire une place parmi les grandes nations de ce sport, mais surtout de faire que le volley s’impose à côté des autres sports collectifs français. Car la concurrence est rude. Face au football et la deuxième étoile des Bleus en 2018, aux Experts du handbal multimédaillés ou aux handballeuses championnes du monde en 2017 puis d’Europe en 2018 à domicile, le volley peine à rivaliser.

« Les sports collectifs en France sont très forts et très performants », reconnaît, réaliste, Earvin Ngapeth, en rappelant que « notre première compétition remportée, c’est 2015 avec l’Euro. On n’a jamais gagné avant, donc c’est normal que l’on soit derrière. » D’autant que, depuis l’Euro en 2015, les hommes de Laurent Tillie ont manqué les grands rendez-vous : 9e aux JO de Rio, 7e des derniers Mondiaux. La seule médaille tricolore glanée lors d’un Mondial – le bronze – remonte à 2002. Autant dire que le volley n’est pas le sport le plus populaire dans l’Hexagone.

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Parmi les favoris

Normal, mais pas immuable. Les volleyeurs entendent bien changer cela et goûter à la ferveur nationale à l’occasion de cet Euro. « L’an dernier, les handballeuses m’avaient filé des frissons, Avoir tout un peuple qui te soutient, te pousse… J’ai envie de connaître ça ! », avance Earvin Ngapeth. Pour cela, il faudra viser une présence dans le dernier carré au minimum, les phases finales (demi-finales et finale) ayant lieu à Paris-Bercy.

Dans un premier temps, c’est à « une poule assez relevée » que les Bleus seront confrontés. Ils auront à affronter l’Italie, vice-championne olympique, et la Bulgarie, 6e mondiale. Les autres adversaires sont la Grèce, le Portugal et la Roumanie. La formule se veut simple : les quatre premiers de chaque poule (il y en a quatre) iront en huitièmes de finales.

« Pour arriver à Paris, il va falloir faire de gros résultats et même réaliser des exploits. Il faut sortir à une bonne place des poules si on veut ensuite croiser des équipes moins fortes que les favoris », commente le réceptionneur-attaquant (et fils du sélectionneur) Kévin Tillie, qui évoque le « risque », en sortie de la phase de poule, « de tomber sur la Russie ».

Outre les Russes et les Italiens, les Polonais champions du monde en titre, figurent aussi au rang de favoris. Ils viennent d’enregistrer le renfort du meilleur joueur du monde, le Cubain Wilfredo Leon, naturalisé polonais. Il ne faut pas oublier non plus l’Allemagne et la Serbie. « Et nous », ajoute Laurent Tillie, l’équipe de France, vainqueure de la Ligue mondiale en 2017, étant actuellement classée au 9e rang mondial.

S’ils seront privés pour leurs premiers matchs de leur meilleur joueur, Earvin Ngapeth, les Bleus pourront néanmoins compter sur Jenia Grebennikov, considéré comme le meilleur libéro du monde, ou le jeune Barthélémy Chinenyeze, élu meilleur joueur (MVP) de la Ligue A, le championnat de France, cette saison. « Quand on organise un événement comme ça, on n’a pas le choix : il faut viser le podium », a prévenu Laurent Tillie.

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