Un ministre algérien traite les opposants de « pseudo-Algériens, mercenaires, pervers et homosexuels »

Un ministre algérien traite les opposants de « pseudo-Algériens, mercenaires, pervers et homosexuels »


Des Algériens manifestant dans les rues de la capitale, Alger, pour protester contre le gouvernement et repousser la date de la prochaine élection présidentielle, le vendredi 22 novembre 2019.
Des Algériens manifestant dans les rues de la capitale, Alger, pour protester contre le gouvernement et repousser la date de la prochaine élection présidentielle, le vendredi 22 novembre 2019. Fateh Guidoum / AP

Depuis l’adoption, jeudi 28 novembre, d’une résolution du Parlement européen sur la situation des libertés en Algérie, les autorités comme les médias audiovisuels mènent campagne contre les très nombreux opposants à l’élection présidentielle du 12 décembre, en jouant du thème de la collusion avec des intérêts étrangers qui chercheraient à provoquer le chaos dans le pays.

Le chef de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, a ainsi de nouveau dénoncé, mardi 3 décembre, des « machinations qui se trament dans les laboratoires de la conspiration à l’étranger » et des « modes de trahison et de félonie à l’intérieur ».

Le ministre de l’intérieur, Salah Eddine Dahmoune, qui intervenait le même jour devant le Parlement pour parler du nouveau découpage administratif, est allé beaucoup plus loin en qualifiant les opposants aux élections de « pseudos-Algériens », de « traîtres », de « pervers », d’« homosexuels » et de « mercenaires » qui « véhiculent les idées résiduelles du colonialisme ».

« Malheureusement, il subsiste une pensée colonialiste qui utilise certains Algériens. Ou plutôt des pseudo-Algériens, des traîtres, des mercenaires, des pervers, des homosexuels. Nous les connaissons. Ils ont pris parti pour ces gens. Ils ne sont pas des nôtres, nous ne sommes pas des leurs », a-t-il expliqué.

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Une « vulgaire diversion »

Dans sa diatribe, qualifiée de « surréaliste » par le site Tout sur l’Algérie (TSA), le ministre a assuré que les autorités feraient « barrage, au côté de ce peuple glorieux, au colonialisme brutal, ou ce qu’il en reste ». Il a affirmé que l’élection du 12 décembre donnerait « une leçon quant à l’unité du peuple algérien (…) pour conserver l’indépendance de l’Algérie ».

Les propos du ministre ont immédiatement suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, certains n’hésitant pas à parler de provocation pour pousser le mouvement de contestation populaire, le Hirak, vers la violence. Des appels ont vite été lancés pour que soit préservé son caractère pacifique.

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L’écrivain et réalisateur Sid Ahmed Semiane a ainsi appelé à ne pas se détourner de l’objectif par ce qu’il qualifie de « vulgaire diversion ». Ce n’est pas une « dérive isolée. La parole de ce ministre n’est pas celle d’un seul homme, c’est celle d’un pouvoir dans son ensemble. D’un système finissant et vulgaire. Et ce pouvoir doit partir. Avec dans sa poubelle ce ministre ».



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