un « resserrement du nombre de fonctionnaires » préconisé

un « resserrement du nombre de fonctionnaires » préconisé



Roxana Maracineanu avait, en mai, décidé de siffler un temps mort, promettant une large période de concertation et de réflexion. Six mois plus tard, les « deux tiers de confiance » chargés par la ministre des sports de trouver une issue à la crise des conseillers techniques sportifs (CTS) – ces agents de l’Etat mis à la disposition des fédérations sportives – ont remis, mercredi 4 décembre, leur rapport, présenté également à un comité de pilotage composé d’acteurs du sport français.

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Dans ce rapport, l’ex-gymnaste Yann Cucherat – lui-même CTS – et le magistrat à la Cour des comptes Alain Resplandy-Bernard font en préalable de leurs préconisations un certain nombre de recommandations : besoin d’une clarification managériale des cadres « en confiant le pouvoir hiérarchique aux directeurs techniques nationaux », nécessité de mettre fin à la grande disparité dans la répartition des CTS entre les fédérations, ou encore « amélioration de la formation continue des cadres du mouvement sportif français par la création d’une école des cadres ».

Piliers du modèle sportif français, les quelque 1 600 conseillers techniques sportifs (qui coûtent à l’Etat 120 millions d’euros par an) assurent les missions de directeur technique national (DTN), d’entraîneur national ou encore de conseiller technique national ou régional, chargés notamment du développement de la pratique sportive, du sport de haut niveau et de la formation des cadres.

Au printemps, le monde sportif s’était fortement mobilisé contre le projet gouvernemental, porté par la ministre des sports, de confier la gestion de ces agents de l’Etat aux fédérations, pour respecter l’objectif de Matignon de supprimer « 1 600 postes au cours de la période 2018-2022 ». Certaines fédérations – les moins dotées, celles dont les budgets ne dépassent pas les 10 millions d’euros – craignaient de leur côté que la compensation financière de l’Etat soit temporaire.

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« Autonomisation du sport français »

Au terme de plusieurs mois d’audition de représentants de fédérations, de conseillers techniques sportifs, de syndicats ou encore d’athlètes, MM. Resplandy-Bernard et Cucherat, qui écartent, dans leurs préconisations, le maintien de la situation actuelle et le scénario d’une extinction pure et simple du corps des conseillers techniques sportifs, plaident pour « un resserrement lissé dans le temps du corps des CTS » : autrement dit une baisse du nombre de fonctionnaires, grâce notamment aux départs en retraite.

Le chiffrage de cette baisse doit encore faire l’objet d’une analyse approfondie. Les besoins ne sont pas les mêmes entre une fédération dite riche, comme le tennis ou le football, aux moyens financiers autrement plus importants qu’une petite fédération, où la présence d’agents de l’Etat est indispensable.

Les tiers de confiance défendent en outre la réouverture du concours au poste de CTS en priorité aux sportifs de haut niveau, pour ne pas perdre leur expertise et pour participer à l’effort de reconversion de ces athlètes.

Les auteurs du rapport font valoir que le scénario de la réforme qu’ils privilégient présente l’avantage de « donner une impulsion décisive à l’autonomisation du sport français », et « permet de moderniser rapidement la gestion des cadres techniques sportifs sans remettre en cause les statuts des fonctionnaires en place ».

Six mois en arrière

« Nous allons étudier les propositions de ce rapport et recueillir dans les deux prochaines semaines l’avis de nos agents partout en France, a réagi Roxana Maracineanu, qui a salué le travail des rapporteurs. Notre objectif commun est d’améliorer le fonctionnement actuel, de nous adapter à la nouvelle organisation du sport français et de préparer efficacement les grandes échéances qui nous attendent. »

Les conseillers techniques sportifs ont, eux, le sentiment de se retrouver six mois en arrière. « Ce matin, la ministre a remis le feu aux poudres avec les tiers de confiance, gronde Raphaël Millon, porte-parole du syndicat Solidaires jeunesse et sports. C’est un démantèlement progressif du service public du sport qui ne dit pas son nom. Ils s’attaquent au cœur du dispositif, à savoir des cadres d’Etat fonctionnaires indépendants des fédérations. » Le syndicaliste se dit prêt à faire remonter des contre-propositions, et promet de « durcir le ton ».

La ministre a rappelé que le rapport, simple « outil d’aide à la décision », n’était « pas conclusif », annonçant une nouvelle étape de « concertation » avec les agents de l’Etat, région par région.

Dans le même temps, une cellule d’expertise, pilotée par la direction des sports, sera chargée d’analyser les préconisations des tiers de confiance. L’ensemble de ces retours sera présenté lors d’un comité de pilotage, le 19 décembre. Au ministère des sports, on se dit confiant sur la possibilité d’« annoncer une trajectoire » sur les CTS au début de l’année 2020.



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