Voile : le tandem Cammas – Caudrelier remporte la Brest Atlantiques, le « galop d’essai » des Ultim

Voile : le tandem Cammas – Caudrelier remporte la Brest Atlantiques, le « galop d’essai » des Ultim


Le maxi-trimaran de l’équipe Gitana a remporté la Brest Atlantiques.
Le maxi-trimaran de l’équipe Gitana a remporté la Brest Atlantiques. Yann Riou / Polaryse Gitana SA

Le « galop d’essai » des maxi-trimarans volant à travers l’Atlantique est terminé. En franchissant, mercredi 4 décembre, la ligne d’arrivée à Brest, le maxi Edmond de Rothschild de l’équipe Gitana, barré par Franck Cammas et Charles Caudrelier, s’est arrogé la première édition de la Brest Atlantiques.

Les deux marins ont bouclé en 28 jours 23 heures et 24 minutes cette course pensée par et pour les Ultim, classe d’élite de trimarans de 32 m de long capables de voler grâce à leurs foils (appendices latéraux qui permettent d’élever le bateau).

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« Une fois qu’on aura attrapé les vents du sud et passé le Cap Vert, après ce sera l’autoroute », anticipait Franck Cammas vendredi 29 novembre, lors de la vacation hebdomadaire avec la direction de la course.

Alors que ses deux derniers concurrents encore en lice (sur quatre au départ), Macif de François Gabart et Gwénolé Gahinet et Actual Leader d’Yves Le Blévec et Alex Pella devaient faire un détour par l’ouest pour trouver le bon vent, le bateau de l’équipe Gitana a bénéficié de conditions idéales pour sa remontée de l’océan atlantique.

« Il y a eu des hauts et des bas, ça a été une course hyperdifficile, a savouré Franck Cammas à peine la ligne d’arrivée franchie. Avec Charles, on s’est bagarré tout au long, et voir nos concurrents aussi loin derrière, c’est fou. »

Course née pour « ne pas avoir une année blanche »

La Brest Atlantiques est née sous les auspices d’une année 2018 fracassante pour la classe Ultim. Si le calendrier initial avait suivi son cours, plutôt que de célébrer l’arrivée de Gitana mercredi, on serait cette semaine en train de suivre le premier tour du monde en solitaire de ces bateaux hors-norme, la Brest Océans, l’équivalent d’un Vendée Globe chez les monocoques.

Mais la Route du Rhum 2018 est passée par là, avec son lot de casse chez les Ultim (un bateau détruit, plusieurs abîmés) et a obligé la classe à se réorganiser. « Pour essayer de ne pas avoir une année blanche », les organisateurs ont imaginé cette course hybride, de Brest à Brest en virant dans la baie de Rio (Brésil) et au large du Cap (Afrique du Sud).

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Cette première course réservée aux Ultim visait à accumuler de l’expérience chez ces bateaux à la pointe de l’innovation. Et, pour le coup, les enseignements à tirer de cette première édition seront nombreux.

« La course a confirmé la capacité de ces bateaux géants à rester en mode vol par deux mètres de creux, ce qui ne s’était jamais vu », a souligné Emmanuel Bachellerie lors de la dernière vacation hebdomadaire, vendredi.

C’est dans l’Atlantique sud, avant de virer autour de Robben Island (Afrique du Sud) que Gitana a fait l’essentiel de son avance sur ses concurrents.

L’objectif d’une course sans escales n’a pas été tenu

Autre leçon, aussi rapides soient-ils, ces monstres marins restent à la merci des « ofnis » – objets flottants non identifiés – et sont de fragiles mécaniques.

Outre Sodebo, forcé à abandonner le 22 novembre après la perte de l’arrière du flotteur tribord, Gitana et Macif ont été contraints d’effectuer une « escale technique » au Brésil pour effectuer des réparations – les skippers finalement victorieux ont même mis le pied à terre.

Seul Actual Leader, le plus ancien et le « moins volant » navire du plateau, n’a pas interrompu sa course. De quoi ébrécher l’image de la « course sans escales » souhaitée par la classe ; et des leçons à tirer en vue du tour du monde en solitaire, Brest Oceans, prévu fin 2023.

« C’est une première, justifie Jacques Caraës, le directeur de course. Cette classe est assez magique, mais nouvelle. Et ce n’est pas une simple traversée de l’Atlantique, ces quatre bateaux ont quand même fait 14 000 milles nautiques dans un milieu hostile et compliqué. Si on n’avait pas autorisé les escales techniques, il n’y aurait plus de course. »

Lui se félicite que « 75 % des bateaux soient à l’arrivée après un parcours mouvementé » et les mésaventures de la classe sur la Route du Rhum, même s’il convient que le nombre réduit de concurrents (quatre) relativise ce chiffre.

« On entre dans une nouvelle ère »

En attendant l’arrivée – prévue samedi – de Macif et Actual Leader (reste à savoir dans quel ordre), et le retour au bercail de Sodebo, qui remonte l’Atlantique en équipage depuis son abandon, l’équipe Gitana peut célébrer sa première grande victoire en Ultim.

Reste que cette première édition a essuyé les plâtres et n’a pas été vraiment « lisible », pour ne pas dire « visible ». En tout cas pour le grand public. Notamment parce que la Brest Océans s’est lancée alors que, parallèlement, la Transat Jacques Vabre battait son plein.

Pourtant, pour accrocher le grand public, les organisateurs avaient décidé d’adjoindre à chaque équipe un « media man » chargé de documenter la course en fournissant images, instants de vie et carnet de bord de façon quotidienne, sans prendre part à la navigation. Dans l’équipe Gitana, ce rôle était tenu par Yann Riou.

Ces « pastilles » envoyées chaque jour ont accumulé les vues en ligne – en attendant, qui sait, un documentaire sur la course. « Ils ont fait un boulot magnifique et les résultats sont là, ce qui n’était pas gagné », se félicite Emmanuel Bachellerie, le patron de la course. Mais la course a été loin de provoquer l’engouement d’un Vendée Globe par exemple.

« Les révolutions ne se font pas facilement, philosophe M. Bachellerie. Il y a sept ou huit ans, on n’envisageait pas de pouvoir voler au large. Aujourd’hui, on a prouvé que c’était possible, ce qui est de bon augure pour cette classe à part. »

« On est dans une autre dimension, on entre dans une nouvelle ère, conclut Charles Caudrelier à peine la course finie. Mais je pense qu’on peut aller encore plus vite. »

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